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(üfDIDlS Îi>i2 üü ^©HILlSÏÏ’lîlS»
MÊME AUTEUR:
CODE COURIQAND, troisième édition, avec gravure de
Devéria.3 fr. 5o c.
CODE CIVIL, troisième édition, avec gravure de De-
BIOUVEL ALMANACH DES GOURMANDS,
NOUVEL ALMANACH DES GOURMANDS,
MARIE STUART, roman historique, 4 volumes in-ia,
CODE DES FEMMES, in-18, gr.-raism vélin. 5 fr.
CODE ÉPISTOLAIRE.
IMPRIMERIE ET FONDERIE DE G. DOYEN,
RUE SAINT-JACQUES, N. 58 .
CODE
MANUEL COMPLET
î»’€iéganc.e Et îr’^im,
PAR L’AUTEUR DU CODE CIVIL.
r. P. RORET, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
QUAI DES AUGUSTIIÎS, N. I 7 BIS;
CHARLES BÉCUET, LIBRAIRE COMMISSIONNAIRE.
1828.
»,
PROLÉGOMÈNES.
Parmi les innombrables exi¬
gences sociales, la plus motivée,
la plus impérieuse, la seule peut-
être devant laquelle tout le mon¬
de doive chaque jour se soumet¬
tre, la Toilette nous a semblé
digne de tous les soins, de toutes
les méditations des hommes du
monde; aussi, dans le petit livre
PROLÉGOMÈNES.
que nous leur soumettons au¬
jourd’hui, nous sommes-nous
appliqués, voulant leur épar¬
gner de longues et fastidieuses
recherches, à réunir en un seul
corps de doctrines les lois, les
règles, les enseignements , les
exemples, que la mode, la rai¬
son et l’hygiène, d’accord une
fois, ont positivement consacrés.
Le fruit de notre travail ne
saurait être sans utilité : c’est en
effet sur sa mise et sa tournure
que le vulgaire juge d’abord un
homme, et le vulgaire en cela a
raison, caries rapports du phy¬
sique et du moral sont trop in-
PROLÉGOMÈNES.
times pour ne pas exercer l’un
sur l’autre une grande et réci¬
proque influence.
Trop de gens ont eu à se re¬
pentir de leur ignorance dans
l’art de s’habiller. Aujourd’hui
toutes les classes de la société re¬
vêtent le même costumé, la seu¬
le manière de le porter établit
extérieurement les distinctions :
le moment nous semble donc
venu de publier le Code de la
toilette.
Q ue l’on n’aille pas to utefois se
méprendre au sens de ce mot toi¬
lette, et penser que ce soit seule¬
ment l’art de choisir et d’har-
PROLÉGOMÈNES.
moniser, avec plus ou moins
d’élégance , les diverses parties
du vêtement, qui ait été l’objet
de nos recherches. La toilette,
comme nous l’entendons, com¬
me nous avons entrepris de la
faire comprendre, est essentielle¬
ment liée à l’hygiène : c’est d’elle
surtout que dépendent la santé,
le bien-être, la longévité, le bon¬
heur.
Seconder, soigner, embellir
la nature, voilà tout l’art de la
toilette : il existe une foule de
petits soins, de précautions fu¬
tiles en apparence , dont on ne
saurait impunément négliger
PROLÉGOMÈNES.
l’usage quotidien, et sur lesquels
repose la plus précieuse comme
la plus périssable des choses de
ce monde, la beauté.
Il n’y a pas de femme, dit ma¬
dame de Genlis, qui n’ait au
moins un secret de toilette : en
concluera-t-on que toutes les
femmes soient coquettes? Ce
serait une erreur ; il y a aussi
loin du soin de sa personne à la
coquetterie , que de l’amour-
propre à l’égoïsme.
La toilette, qui corrige et pal¬
lie les défauts extérieurs, qui
prolonge la jeunesse, ravive l’es¬
prit , devient un moyen de sé-
PROLÉGOMÈNES.
duction, de succès, de fortune,
doit être, nous le savons, en
rapport avec l’âge , la personne,
la profession, la physionomie ;
mais il n’en est pas moins vrai
qu’elle a pour bases des princi¬
pes positifs que l’on ne peut
ignorer, et dont il serait dange¬
reux de mépriser l’observation.
Si d’ailleurs elle nous soumet
parfois à quelques petites con¬
trariétés, si elle nous cause cer¬
tains légers élans d’impatience,
que d’avantages réels n’apporte-
t-elle pas en retour! Une person¬
ne parfaitement bien mise ac¬
quiert par cela seul une sorte
PROLÉGOMÈNES.
d’importance; sans avoir le temps
de se rendre compte de l’impres¬
sion que son aspect produit, on
conçoit une idée favorable de
ses habitudes d’ordre, de con-r
venance , d’économie, de socia¬
bilité. Un jeune peintre, vêtu
avec ce laisser-aller que les ar¬
tistes poussent souvent jusqu’à
l’affectation, se présentait un
jour , muni d’une lettre de re¬
commandation, chez un riche
seigneur, protecteur éclairé des
lettres et des arts. Il fut reçu
plus que froidement. Après un
court entretien, dans lequel il fit
preuve d’esprit, d’amabilité , et
PROLÉGOMÈNES.
de solides connaissances, il se re¬
tirait, lorsque le ministre se le¬
vant le reconduisit jusqu’à l’an¬
tichambre avec une politesse
tout affectueuse. Il ne put s’em¬
pêcher de témoigner sa surprise
de tant de différence entre l’ac¬
cueil etl’adieu. «Mon jeune ami,
lui dit son nouveau protecteur ,
on reçoit un inconnu selon sa
mise, on le reconduit suivant
son mérite. » Loin de conclure
de cet exemple que la toilette
soit inutile, on doit être frappé
de cette défaveur que la négli¬
gence jette d’abord; d’ailleurs
a-t-on toujours occasion de
PROLÉGOMÈNES.
15
montrer ce qu’on vaut? puis
les gens qui vous jugent sans
vous parler; et la difficulté de
faire revenir sur une première
impression; et les femmes qui
sentent et prononcent si vive¬
ment ! en voilà plus qu’il n’en
faut pour faire apprécier l’im¬
portance de la toilette , dont
Henri IY caractérisait si bien la
nécessité, en disant : « Je ne sais
comment on peut se dispenser
d’bonnêteté et de propreté ,
lorsqu’il ne faut qu’un verre
d’eau pour être propre , qu’un
coup de chapeau pour être hon¬
nête. »
2
PROLÉGOMÈNES.
U
Encouragés par le succès du
Code gourmand *, petit ouvrage
où nous avons réuni, dans un
cadre que l’on a trouvé ingé¬
nieux , tout ce qu’il importe de
savoir pour s’acquitter digne¬
ment des devoirs importants
d’Amphitryon et de convive,
nous avons publié, il y a quel¬
ques mois, le Code civil. Là nous
* La quatrième édition du Code
gourmand, manuel complet de gas¬
tronomie, contenant les.lois, règles ,
applications, et exemples de l’art de
Lien vivre , revue , augmentée , et
ornée d’une gravure de Devéria, vient
de paraître.
PROLÉGOMÈNES. 15
avons tenté de rassembler et de
réduire en préceptes cette foule
de riens importants, de nuan¬
ces légères, de graves futilités ,
auxquels l’usage a donné force de
lois dans nos salons, et qu’avec
tout l’esprit du monde on ne sau¬
rait deviner. L’accueil favorable
que cette bagatelle reçoit du pu¬
blic a dépassé de beaucoup notré
espérance *, et nous devons sur-
* Le Code civil, manuel complet
de la politesse , du ton, des ma¬
nières de la bonne compagnie, con¬
tenant les lois, règles , applications,
et exemples de l’art de se présenter
et de se conduire dans le monde. La
16 PROLÉGOMÈNES.
tout en faire honneur au défaut
d’ouvrages du même genre, mis
à la portée du jeune homme bien
élevé et de l’étranger, désireux,
avant de se présenter dans le
monde , de se former une idée
des usages, des singularités, des
coutumes qui y régnent, et avec
lesquels une expérience longue¬
ment et parfois chèrement ac¬
quise pourrait seule les familia¬
riser.
Le Code de la toilette _, que
nous faisons paraître aujour-
quatrième édition, revue et augmen¬
tée, est ornée de deux très-jolies gra¬
vures de Devéria.
PROLÉGOMÈNES.
17
d’huiest la suite et l’indispen¬
sable complément du Code civil.
Les enseignements que nous y
avons consignés sont d’un inté¬
rêt plus direct, plus général,
plus usuel; nous avons réuni
tous nos efforts pour le rendre
aussi intéressant, lorsque le su¬
jet le rendait déjà plus utile:
nous osons donc espérer qu’il
sera reçu avec la même faveur
que son aîné.
Un mot nous reste à dire sur
le titre et le plan de cette série
de petits volumes que nous
avons entrepris de mettre au
jour. — Donner le titre pom-
PROLÉGOMÈNES.
peux de Code à de légers in-18,
avoir la prétention de dicter les
lois de la gastronomie, de la po¬
litesse , de la toilette, de l’art
épistolaire, n’est-ce pas présu¬
mer beaucoup de ses forces , et
s’exposer à demeurer au-dessous
des prétentions que l’on affiche?
Il nous suffira de répondre
en deux mots, à ces questions
que la critique pourrait peut-
être nous adresser : Nous ne
sommes véritablement qu’édi¬
teurs de ces petits livres ; en
regardant autour de soi, cha¬
cun en verra les auteurs. Histo¬
riographes fidèles de l’usage et
LÉGOMÈMES.
de la mode , nous nous conten¬
tons d’enregistrer leurs arrêts ,
de promulguer leurs lois , et,
comme tant d’autres , nous dé¬
clinons toute responsabilité per¬
sonnelle.
H. R.
<Ë(Du>ia a»ü ifoaaiis’îïtia,»
CsCI®)®
3)12 üü îï<DIlIfcIBîKNB«
TITRE PREMIER .
3>é 6 fJereonttfs.
CHAPITRE PREMIER.
DE DA BEAUTÉ.
sa» ART. 1. ”65
Labeautéestle premier des biens;
l’entretenir, la conserver, quand
on en est doué, est én quelque sorte
un devoir.
2-1
CODE
5»» ART. % ««
La beauté est toute de convention,
elle varie de caractère selon les
lieux, les temps; mais elle entraîne
toujours avec soi une idée de grâce
etd’harmonie : aussi est-on naturel¬
lement prédisposé à penser qu’une
belle personne possède un bon na¬
turel et de précieuses qualités.
»» ART. 5. «§5
C’est le propre d’un faible es¬
prit, que de se prévaloir d’avan¬
tages que le hasard seul dispense.
La bienveillance est un devoir
<ïautant plus impérieux que l’on
DE LA TOILETTE.
25
jouit de plus d’avantages naturels.
»*> ART. 4 . «e$
C’est à tort que l’on répète sou¬
vent , que la beauté peut se passer
du secours de la toilette ; et mes¬
sieurs les poètes vantent aussi trop
légèrement les héroïnes parées de
leurs seuls attraits .La beauté la plus
parfaite reçoit un nouvel éclat de
l’ordre, du soin qui régnent dans
ses ajustements. Ôn peut s’accou¬
tumer a la laideur ; à la négligence,
jamais.
Au reste, la beauté a toujours
CODE
pour principe la jeunesse et la san¬
té ; et la toilette bien entendue peut
seule assurer l’une et prolonger
l’autre.
DE LA. TOILETTE.
27
CHAPITKE II.
DE LA PEAU.
Ü» ART. 1. «S.
La blancheur etl’aTZi/Tzafrora con¬
stituent la beauté de la peau. Rien
ne saurait donner ce précieux avan¬
tage à celui qui ne l’a pas reçu de la
nature ; mais des soins hygiéniques
constants, des procédés de toilette
bien entendus, peuvent le sup¬
pléer, ou du moins le rendre du¬
rable *.
* Les charlatans, les parfumeurs, et les
28
CODE
S» ART. 2. *3
La peau est un espèce de miroir
où viennent se réfléchir toutes les
impressions intérieures : on ne
saurait lui prodiguer trop de soins;
pharmaciens, débitent chaque jour, sous des
noms pompeux, une foule de prétendus cos¬
métiques et secrets.de toilette , véritables
préparations empiriques , dont les sels mi¬
néraux forment seuls la base. Leur em¬
ploi, essentiellement dangereux, détermine
souvent de très-graves accidents. 11 est ur¬
gent de s’abstenir de toutes ces drogues ,
et de ne faire usage d’un cosmétique qu’aù-
tant qu’on en connaît la composition. Dans
l’appendice placé à la fin de notre Code ,
sous le titre de cosmétique, nous donnons
la recette de toutes les préparations néces¬
saires à la toilette, dont l’usage est non-
seulement inoffensif, mais bienfaisant. Nous
y renvoyons une fois pour toutes le lecteur.
TOILETTE.
39
DE LA
la fraîcheur et le calme qui l’em¬
bellissent sont les indices d’une
bonne santé comme d’une bonne
conscience.
&= ART. 5. «3
On discutera encore long-temps
sur les mérites divers de la couleur
brune ou blonde ; mais on demeu¬
rera toujours d’accord sur ce point,
que la peau la plus blanche est la
plus belle.
ART. 4.
La manie du fard est passée : une
jolie personne n’a plus besoin de
s’enluminer les joues pour paraître
dans un salon ; et les hommes, tout
5 .
30
CODE
en rendant justice à des traits ani-
més, savent apprécier ce qu’une
fraîche et douce pâleur donne à
la physionomie d’expression tou¬
chante.
S* ART. 5. •«?
Une des causes qui rendent prin¬
cipalement la peau terne et sans
éclat, est la présence de petites
pellicules, qui, produites par la
végétation continuelle de l’épider¬
me, obstruent les pores et nuisent
à la transpiration. Il faut, pour
être à l’abri de cet inconvénient,
avoir soin, avant de se laver le
visage, de le frotter légèrement
avec,un morceau de flanelle fine.
Après cette douce friction, on se
lave dans une eau fraîche aromati¬
sée de quelques spiritueux.
S» ART. 6. «S
Si l’action du froid, du soleil et
du vent est contraire à la peau et
lui fait perdre de sa souplesse et de
son éclat, la proximité du feu lui
est encore plus nuisible. On ne doit
jamais s’approcher d’une chemi¬
née où brille une flamme ardente,
que muni d’un écran protecteur.
S* ART. 7. «eï
On a coutume de consoler les
personnes dont la peau est affligée
d 'éphélides ou taches de rousseur,
53 CODE
en leur disant que ces tâches im¬
portunes sont le partage des plus
belles peaux. Il existe une foule de
procédés pour les faire passer ;
mais aucun n’est exempt d’incon¬
vénient, et le parti le plus sage est
de se résigner et de s’abstenir d’en
faire l’essai.
La peau, celle du visage surtout,
est sujette à mille maladies; une
des plus communes est de prendre
une teinte couperosée. En général,
dès que l’on s’aperçoit que le teint
d’une jeune personne reçoit quel¬
que atteinte de cette affection , on
la soumet à un régime sévère , on
DE L A TOILETTE.
55
lui interdit surtout l’usage du vin.
C’est une erreur. Un traitement
général palliatif produit quelque¬
fois d’heureux effets ; mais l’eau
pure en ce cas est contraire : essen¬
tiellement digestive et échauffante,
elle augmente le mal. Une tisane
rafraîchissante ou l’eau rougie sont
seules sans inconvénients.
54
CODE
CHAPITRE III.
DES RIDES.
En dépit de la déférence et des
respects qui accueillent les rides ,
on s’efforce de repousser, autant
que possible, les invasions de cet
attribut de la vieillesse.
§3» ART. 2. «S
Faibles et timides, ces ennemies
de la beauté se glissent une à une
au coin des yeux. La première est
DE LA TOILETTE.
sans conséquence ; on fait peu at¬
tention à la seconde ; mais aussitôt
que la troisième a paru, il n’y a
plus à balancer : sous peine de ri¬
dicule , il faut prendre son parti et
renoncer aux avantages et aux at¬
tributs de la jeunesse.
ART. 5.
On peut peut-être prévenir les
rides par des soins assidus ; mais
quand une fois elles se sont empa¬
rées de leur poste , il n’y a pas
moyen de les en débusquer.
a» art. 4.
Les rides sont de deux espèces.
Les unes, filles des ans, parent
56 DE DA TOILETTE,
plutôt qu’elles n’altèrent la physio¬
nomie où se réfléchit une conscience
pure ; les autres, devançant l’âge,
causées par de fortes, quelquefois
de coupables émotions , ont quel¬
que chose de hideux et de bas; l’œil
ne se trompe jamais à leurs diffé¬
rents aspects.
S» ART. 5.
La gaieté rajeunit, l’existence des
gens aimables atteint à un terme
plus reculé. Nous engageons donc
nos lecteurs à se dérider le plus
souvent possible.
TOILETTE.
57
CBAPXTRE XV.
DE LA CHEVELURE.
ART. 1. «S
La chevelure, ornement et abri
de la tête, exige des soins indispen¬
sables et quotidiens.
6» ART. 2.
Dès le saut du lit, il faut s’essuyer
la tête avec un linge sec ou une fla¬
nelle ; on démêle ensuite ses che¬
veux , on les passe au peigne fin ,
puis on les brosse.
58
CODE
&> ART. 3. <
Comme c’est chose fort disgra¬
cieuse que d’avoir dans les cheveux
ce qu’on appelle des épis , la coif¬
fure de nuit doit être l’objet d’une
attention particulière. Il faut que
la chevelure, sous le fichu de nuit,
se trouve couchée dans son sens
naturel.
S» art. 4. «B
La pommade est à jamais bannie
du cabinet de toilette. L’huile an¬
tique elle-même ne peut être em¬
ployée sans inconvénient qu’en
très-petite quantité, et deux ou.
trois fois par semaine seulement..
Quant aux personnes qui ont le
malheur d’avoir les cheveux roux,
qu’elles'se gardent bien de faire la
sottise de les teindre. Elles peuvent
se consoler erfjsongeant à l’incon¬
stance de la mode. Pendant dix
siècles les cheveux roux n’ont - ils
pas été réputés les plus beaux?
Qui a jamais eu l’idée de teindre
Apollon ou JésuS-Christ? Et puis
Raphaël et le Titien ont immorta¬
lisé leurs belles maîtresses aux che¬
veux d’or , et il n’y a pas encore
quarante ans que toutes les coif¬
fures, à la cour deMarie-Antoinette,
étaient couvertes de poudre rousse.
CODE
£*> ART. 6. ««S
Ne permettez , sous aucune es¬
pèce de prétexte, à un coiffeur de
compromettre vos clieveux en les
passant au fer rond.
ART. 7. «3
Une personne qui entend bien
l’économie de sa coiffure, fait cou¬
per tous les quinze jours l’extré¬
mité de ses cheveux. Cette opéra¬
tion les rafraîchit en leur donnant
plus de force , de souplesse et de
brillant.
Les perruques sont chose trop
TOILETTE.
DE LA
respectable pour que nous nous
permettions d’en parler légère¬
ment. Ne peut-on cependant sou¬
rire de la prétention de ces jeunes
vieillards , qui cachent une forêt
de cheveux gris sous une perruque
adonisée ?
S* ART. 9. «5
Les classiques en amour attachent
un haut prix à la boucle de cheveux
octroyée par une belle dame : li¬
bre à eux de l’ériger en objet d’a¬
doration ; mais à ceux qui font pa¬
rade de chaînes, de bracelets de
cheveux , qui en chamarrent des
bagues, des épingles, on peut dire,
bien bas, qu’ils ont perdu la trace
4.
42 CODE
du bon goût et de la mode, de¬
puis l’institution de la Toison-
d’or.
CHAPITRE V.
5sp ART. 1. «al
Puisqu’il est convenu que l’œil
est le miroir de l’âme , on doit sur¬
tout s’attacher à en entretenir la
fraîcheur et la pureté.
a» ART. 2. «Bï
Toute espèce de lotion pharma¬
ceutique est dangereuse pour les
yeux. L’eau fraîche suffit pour les
CODE
baigner chaque matin et chaque
soir.
Si* ART. 5. <m
La fatigue, les veilles, un travail
assidu , l’abus des spectacles , un
trop long sommeil, ternissent l’é¬
clat de l’oeil et le font paraître
cerné. A cela il n’y a d’autre remède
que le repos.
S* art. 4. ««s
Comme toute chose, la beauté
pour les yeux est de convention ;
on ne saurait trop méditer le mot
de l’homme d’esprit qui répondit à
une question indiscrète : « Les plus
beaux yeux sont ceux qui nous re-
DE DA TOILETTE.
45
gardent le plus favorablement. »
ïs= ART. 5. «S
Il y a une grande distinction à
établir entre les mauvais et les vi¬
lains yeux. La débilité des uns n’est
qu’une infirmité qui se pallie à
l’aide de lunettes ; mais les autres ,
obliques, durs, faux, sont un in¬
dice trop certain d’insociabilité.
S» ART. 6. «€§
La beauté de l’œil tient à sa pu¬
reté , à sa finesse, à son expression
naturelle. L’affectation fait perdre
tout leur cbarme aux plus beaux
yeux du monde. On doit toujours
CODE
envisager franchement son interlo¬
cuteur; rien n’est déplaisant comme
la mignardise dans le regard.
DE LA TOILETTE.
4 7
CHAPITRE VI.
DE L’OREILLE.
ï»> art. i.
« L’oreille est le chemin du
coeur, » selon madame Des Hou-
lières : on ne saurait donc blâmer
les femmes qui, de tout temps, se
sont appliquées à embellir çettepar-
tie si intéressante de leurs charmes,
en la chargeant d’ornements gra¬
cieux.
ART. % «3
Lavater a tiré une foule d’induc-
48
CODE
tions, toutes fort ingénieuses , de
la forme de l’oreille. Malheureuse¬
ment, depuis Lavater, on coiffe les
enfants de ridicules bonnets dont
le moindre inconvénient est, en
déformant l’oreille, de donner dé¬
menti sur démenti à un bon sys¬
tème physiôgnomonique.
S» ART. 3.
Quand où se lève, le premier
soin qu’exige l’oreille, est de passer
entre elle et la tête un linge sec,
afin d’ènlever l’humidité produite
par la transpiration nocturne. Ré¬
percutée, cette humidité, se repor¬
tant sur les maxillaires, occasio-
nerait d’intolérables douleurs.
DE LA. TOILETTE.
4!)
ë» ART. 4. «@i
L’oreille ne se contente pas d’un
soin superficiel. Il faut, après l’a¬
voir lavée , en essuyer exactement
tous'les plis.
S» ART. 5.
Le cure-oreille doit être d’écaille,
d’ivoire ou d’argent. Il faut se servir
avec une extrême précaution de ce
petit instrument, pour ne pas bles¬
ser la membrane délicate du tam¬
bour.
S» art. 6.
On rencontre encore parfois de
fort honnêtes gens qui portent des
5
50 CODE
boucles d’oreilles ; d’autres qui,
dans la crainte sans doute d’enten¬
dre trop clairement, se bouchent le
tympan avec du coton. Il faut les
ranger dans les classes; en effet, il y
à soixante ans que l’on est revenu de
c ette erreur de croire que les bou¬
cles d’oreilles éclaircissent la vue ;
et lorsqu’un malhabile docteur fait
calfeutrer les oreilles de son client
patient, il a du moins le soin de
lui recommander le huis-clos.
DE LA TOILETTE.
CHAPITRE VII.
ART. i.
« Comme le nez au milieu du
visage. » Cette expression prover¬
biale, pour désigner un objet en
évidence et qui ne peut échapper
aux regards, atteste assez de quels
soins hygiéniques le nez doit être
l’objet.
Organe de l’odorat, le nez est
une source de vives jouissances; ce
n’est quen l’entretenant dans un
état constant de propreté que l’on
peu t'acquérir et conserver l’exquise
finesse de perception dont il est
doué.
S» ART. 5. «Bi
Le matin en se levant, et le soir
en se couchant, il faut aspirer
fortement quelques gouttes d’eau
fraîclie que l’on rejette aussitôt;
les preneurs de tabac ne sauraient
renouveler trop souvent dans la
journée cette utile ablution.
ART. 4. «S
Il est fort dangereux d’épiler
TOILETTE.
55
l’intérieur des narines, on risque
ainsi de donner naissance à des
polypes; il suffit d’ailleurs de se
servir, pour enlever les poils qui
y croissent, de ciseaux très-fins
et recourbés.
S» ART. 5- <*5
Les lunettes font partie essen¬
tielle delà toilette des nez; recom¬
mandons donc, en passant, à la
classe respectable des myopes , de
ne jamais porter que des lunettes
d’écaille : le poids de celles d’or
et d’argent détermine presque tou¬
jours, à la naissance du nez, la
croissance d’un bouton qui finit
5.
54 CODE
par se transformer en une verrue
qu’il devient impossible de faire
disparaître.
DE DA TOILETTE.
55
CHAPITRE VIII.
DE LA BOUCHE.
Ss» ART. 1. «S5
La bouche est de tous nos traits
le plus expressif et le plus gracieux ;
autour d’elle se jouent la gaieté, le
caprice, la bouderie, l’enjouement :
et si les yeux sont le miroir de
l’âme, la bouche est l’interprète du
coeur.
ISA ART.
% «si
La beauté de la bouche dépend
de son rapport avec les autres traits
du visage ; une trop petite Louche est
peut-être plus désagréable qu’une
trop grande, en ce quelle grimace
davantage.
î» ART. 3. <«*
Si l’on ne peut corriger la forme
imparfaite de la bouche, il faut du
moins s’appliquer à ne pas l’enlai¬
dir par la mignardise et l’affecta¬
tion. Dans l’art d’aimer, Ovide en¬
seigne l’art de rire avec grâce ; il
faut avant tout rire avec naturel.
ART. 4. ou;
Les passions influent immédia¬
tement sur la physionomie des lè-
DE LA. TOILETTE. 57
vres : la colère les pâlit, l’indigna¬
tion les gonfle, le dépit les compri¬
me, la bienveillance les arrondit,
le plaisir les colore et l’amour les
épanouit; aussi une bouclie pure
et gracieuse a-t-elle un charme in¬
définissable.
S» ART. 5.
C’est une erreur que de croire
qu’en passant incessamment sa lan¬
gue sur les lèvres, on en augmente
la fraîcheur et l’éclat; cette anti-
précaution les fane et les couvre
de gerçures.
Que les femmes, les jolies femmes
58 CODE
surtout, qui ont contracté l’habi¬
tude de se mordre les lèvres dans
des moments d’impatience, de bou¬
derie ou de contrariété, se rappel¬
lent constamment que la célèbre
madame de Pompadour perdit la
beauté de sa bouche et la faveur de
son royal amant, par suite de cette
funeste manie.
TOILETTE.
59
DE LA
CHAPITRE IX.
DES DENTS.
S»> ART. \. «S
Les dents, aussi essentielles à la
santé qu’a la beauté, ornements de
la bouche et instruments de la mas¬
tication , réclament nos premiers
soinsle matin dès l’instant dulever,
et le soir avant que nous nous met¬
tions au lit.
£*> ART. 2.
La brosse à dents doit être fine
ÔO
CODE
et douce, il est important d’en di¬
riger les frottements dans le sens
vertical.
ART. 5.
On ne saurait trop être en garde
contre les fastueuses annonces d’o-
piats , de trésors de la bouche ,
d’élixirs, d’eaux balsamiques; le
simple charbon, en poudre impal¬
pable, est préférable à tout cet atti¬
rail menteur du charlatanisme.
! 3 » ART. 4.
Il faut le plus rarement possible
avoir recours à la main du dentiste ;
lorsque d’intolérables douleurs ou
quelque grave accident nécessitent
TOILETTE.
DE LA
Son secours , qu’on choisisse au
moins un homme d’un talent re¬
connu, et que l’on ait à la mémoire
le proverbe : « menteur comme un
arracheur de dents. »
B» AS.T. 5.
. Mais enfin l’âge vient ! les dents
tombent ! Les progrès de la méca¬
nique et de la chimie nous mettent
à même de réparer leur perte ; les
Dubois, les ]?onzi, les Laveraü
tiennentboutiqueouverté de fausses
dents éblouissantes de blancheur, et
il est impossible à l’oeil le plus exer¬
cé de reconnaître l’innocente fraudé
qui les accouple aux véritables.
6
62
CODE
33» ART. 6. «S
En fait de cure-dents, les plus
simples, ceux de pluine, sont les
meilleurs; leur flexibilité doit les
faire préférer à l’or, à l’ivoire, et
même au bois de Sandal.
ïs» ART. 7.
Une belle denture a quelque
chose de séduisant et d’aimable;
en général, elle atteste une bonne
santé, un caractère facile et l’ab¬
sence des grandes passions. Aussi
avons-nous constamment remarqué
que les gens qui déchirent leur pro¬
chain à belles dents , en ont de
vilaines.
DE DA TOILETTE.
65
CHAPITRE X.
DE LA BARÈE.
ART. 1. ^
Les soins qu’exige la barbe, at¬
tribut de la virilité, sont une des
parties les plus essentielles de la
toilette.
SB* ART. 2. ^
Beaucoup de personnes se font
la barbe tous les matins ; quelques
dandys poussent même la précau¬
tion jusqu’à se raser deux fois par
64
CODE
jour. Il y a là excès de soin et
défaut de calcul : d’abord le rasoir
fatigue et érafle la peau ; en outre,
la barbe pousse avec d’autant plus
de promptitude qu’on la coupe plus
souvent. Il faut de bonne heure
s’habituer à ne se raser que tous
les deux jours.
S» ART. 3. <€3
La main banale d’un barbier ne
doit jamais s’approcher de la figure
d’un homme comme il faut ; eût-on
pour barbier l’alègre et sémillant
Figaro, ce serait encore chose dé¬
plaisante que ce contact immédiat
qu’il n’y a pas moyen d’éviter.
TOILETTE.
65 .
DE LA
Ü* ART. 4. «S?
Les favoris, mode sans grâce et
sans utilité , changent si souvent
de forme que nous n’en saurions
trop que dire; prévenons cepen¬
dant nos lecteurs contre ce préjugé,
de croire que la cour et la ville ont
adopté les favoris dits à la guiche.
Empruntée aux hommes de peine,
cette mode n’a eu qu’un instant
de vogue ; elle est maintenant relé¬
guée aux antichambres d’où elle
n’eût jamais dû sortir.
ART. 5. «St
Quant aux dames que la capri¬
cieuse nature a affligées d’une
6.
66 CODE
barbe noire qui dépare leur joli
menton, qu elles se gardent bien de
le raser, le remède serait pire que
le mal : un dépilatoire, préparé par
un liabile chimiste, ou mieux en¬
core de petites pinces d’acier ar-
tistement mises en œuvre, peuvent
seuls les débarrasser sans danger
de cet ornement incommode.
jA toilette.
CHAPITRE XI.
L’élégance, la légèreté, la sou¬
plesse de la taille, sont une des
qualités essentielles de la beauté ;
la manière de s’habiller concourt
beaucoup à faire valoir ces avan¬
tages lorsqu’on les possède, et k
les simuler lorsqu’on en est privé.
ART. 2. "S5
Si la finesse et l’expression sonl
tout entières dans les traits du
visage, la grâce dans les bras,
l’aplomb et la légèreté dans les
jambes, c’est dans la taille que
l’on trouve la noblesse, la force ,
la tournure en un mot : c’est le
buste qui donne de l’ensemble au
mouvement; il est aussi le centre
où toutes les parties de la toilette
viennent se réunir.
ART. 5.
Un vêtement qui embrasse et
serre exactement la taille et les
banches est à la fois élégant et
salutaire, le corset chez les da¬
mes , la ceinture du pantalon chez
les hommes, doivent être l’objet
d’une attention toute particulière.
St» ART. 4. «t
La raideur, mortelle à la grâce,
est souvent causée par l’excessive
justesse des vêtemens. C’est à la
taille , au-dessus des lianclies seu¬
lement , qu’il est convenable d’être
serré. La poitrine, les entournures,
l’estomac, ont besoin d’être déga¬
gés d’entraves.
S* ART. 5. «H
Les dames placent ordinaire¬
ment devant leur corset un buse
d’acier. Le docteur Pelletan fil s,
après diverses expériences faites
dans l’intérêt, de l’hygiène et de
CODE
la toilette, a acquis la preuve que
l’usage de ces buses est fort dange¬
reux. Ils rassemblent l’électricité
sur. la poitrine , et peuvent déter¬
miner une irritation interne dans
cette partie et dans l’estomac.
Ê»° ART. 6. «S
Quelques dandys ont tenté d’in¬
troduire la mode des poitrines et
des banebes rembourrées; le bon
goût et le bon sens ont rejeté
cette innovation. En général, toute
espèce de forme postiche donne
une gaucherie à laquelle la mai¬
greur est cent fois préférable.
TOILETTE.
CHAPITRE XII.
S» ART. 4. *Ei
Les bras, dont la beauté a tant
d’attrait chez les femmes, sont cbez
les hommes un des premiers élé¬
ments de la grâce et de la tournure.
s» ART. 2. «s
Il est nécesaire le matin de se
laver les bras à l’eau tiède, de les
frotter vivement et de les agiter
ensuite en sens divers, pour en
72
CODE
entretenir la force et la souplesse»
Ü* ART. 3. <m
Il n’y a pas de règles à indiquer
pour la tenue des bras. Un laisser-
aller naturel, un doux abandon,
lui donnent seuls de la grâce. Le
bras doit suivre toutes les oscilla¬
tions de la marché, sans cependant
paraître vacillant et agité.
Su» art. 4.
C’est en dansant surtout qu’il est
important de prêter quelque grâce
à la tenue des bras. Les maîtres de
danse, la plus sotte espèce parmi
celles qui s’agitent dans les grandes
villes, enseignent a les tenir raides
et compassés. C’est au bal surtout
qu’il faut du naturel. Les mouve¬
ments d’un liomme comme il faut
ont toujours de l’élégance, lorsque
l’affectation ou la timidité ne les
gênent pas.
74
CODE
CHAPITRE XIII.
DES MAINS ET DES ONGLES.-
ART. 1. «K
La main, toujours en évidence,
exige d’autant plus de soins, qu’aux
cune autre partie du corps n’est
susceptible de s’embellir aussi bien
par les seules ressources de la toi¬
lette. Pourvu que la forme de la
main ne soit pas essentiellement
disgracieuse, il est facile, à force
d’art et d’attention, de lui donner
de l’élégance, de la blancheur et
de la grâce.
LA TOILETTE.
75
S» ART. 2. “■?
Lavater prétend que « l’expres¬
sion de la main ne saurait être
méconnue ; quelle indique nos
dispositions naturelles, nos actions
et nos passions. » Selon lui, il y a
des mains spirituelles , sottes, en¬
gourdies. Comment, après cela,
oserait-on taxer de coquetterie la
reclierclie appliquée à la toilette
de la main.
’S* ART. 3. «ni
Comme rien n’est plus désa¬
gréable à l’œil qu’une main rouge,
il faut avoir grand soin de ne ja¬
mais porter des manches trop étroi-
76
GODE
tes aux entournures ni aux poi¬
gnets.
ART. 4. ‘
Il n’est plus permis aujourd’hui
aux jeunes gens de porter qu’un
large anneau d’or anglais au petit
doigt, et aux hommes d’un âge
mûr qu’un solitaire d’une grosseur
respectable. Quant aux dames, elles
ont tort de pousser jusqu’à l’excès
la manie des bagues. C’est chose si
douce et si jolie qu’une main fine
et délicate, qu’il y a faux calcul à
en cacher la moitié sous un éche-
lonnage de bijoux.
ART. 5.
Les ongles ont, depuis quelques
années, subi vingt fois les caprices
de la mode. Aujourd’hui on les
taille en amandes, les doigts en
paraissent plus effilés. Il y a cepen¬
dant encore des hommes qui, blâ¬
mant cette mode importée d’outre¬
mer, se rangent du parti d’Elmire,
Et ne sont pas du tout pour ces prudes sauvages,
Dont l’honneur est armé de griffes...
Tartufe, acte iv, scène 5.
îe» ART. G.
Rien n’est plus dangereux que
d’arracher les pellicules, nommées
envies, qui parfois croissent près de
l’ongle. Il suffit de les couper avec
des ciseaux fins.
C’est une galanterie fort aimable,
quoiqu’un peu gothique, que de
baiser la main aux dames. Il y a
dans cet usage quelque chose de
respectueux qui devrait le remettre
en vogue dans nos salons.
LA TOILETTE.
79
CHAPITRE XIV.
DE LA MAIGRETJR.
2b» ART. 4.
L’excessive maigreur est eu gé¬
néral considérée comme l’indice
d’une mauvaise constitution. Cette
erreur populaire est très-fâcheuse
pour certaines personnes fort mai¬
gres qui n’en jouissent pas moins
d’une excellente santé. Que de
grâces aussi ne doivent-elles pas
rendre à la toilette qui leur permet,
de réparer, ou du moins de dis¬
simuler l’idéalité de leurs formes.
80
ÊB» ART. 2. «S
Le pantalon, invention sublime
de quelque petit-maître étique, a
été adopté d’abord par toutes les
jambes a succès. Plus tard la mode
en est devenue générale, et per¬
sonne ne s’en peut plaindre, car si ce
vêtement n’est pas d’une rare élé¬
gance , il est du moins d’une grande
commodité.
§*> ART. 5 <
Les manches à gigots qui donnent
de l’ampleur à une poitrine rétrécie,
les habits garnis, les doubles gilets,
les mouchoirs empesés, les pierrots,
les alpaga, tous ces objets inventés
DE LA TOILETTE.
pour dissimuler la maigreur, et.
adoptés par la mode, ne manquent
certainement pas d’agrément, et ne
seront pas de long-temps remplacés
par des vêtemens justes; trop de ré¬
putations d’emprunt y perdraient.
S»> ART. 4. «■$
Les tailleurs, les couturières
regardent les personnes maigres
comme leurs meilleures pratiques.
D’abord ils en tirent un excellent
parti; où la nature a tout laissé à
faire, le génie peut se donner car¬
rière , puis il y a toujours plus de
laisser-aller, de flexibilité, de tour¬
nure enfin, chez un individu faible
que chez un Hercule.
82
CODE
&> ART. 5.
Que de charmantes dames ce¬
pendant se mettent à la torture
pour acquérir de l’embonpoint. Les
unes ne se nourrissent que de po¬
tages féculents, d’autres mangent
des quantités de mie de pain à
les indigérer dix fois ; quelques-
unes restent couchées une partie
du jour ; quant au résultat qu’amè¬
nent ces prétendus remèdes? néant.
Conservez plutôt précieusement
votre maigreur, belles dames, et
consolez-vous-en par la finesse de
votre taille, la légèreté de votre
marche, l’ampleur de vos robes et
l’élasticité de l’empois.
TOILETTE.
DE LA
CHAPITRE XV.
DE L’OBÉSITÉ^
ART. \.
L’fexcès d’embonpoint est une
véritable infirmité, ët les soins qui
le peuvent combattre appartiennent
plutôt au domaine de la médecine
qu’à celui de la toilette. Il est ce¬
pendant quelques précautions qui
peuvent, sinon diminuer, du moins
corriger les progrès de l’obésité.
84
CODE
SB* ART. % «S
Le premier soin d’un obèse,
après sa toilette laite et parfaite ,
est de se ceindre d’une espèce de
corset élastique ; fait par une main
habile, ce corset, sans comprimer
les viscères, et sans gêner aucune
des fonctions de l’économie, sou¬
tient le ventre et diminue l’ampleur
de la taille.
ART. 3.
Les bains tièdes sont plus fré¬
quemment nécessaires à un obèse
qu’a tout autre individu. Il doit
aussi changer plus souventde linge.
DE LA TOILETTE.
85
§=» ART. 4. «SS¬
CI’est une erreur assez commune
aux personnes chargées d’embon¬
point , cpie de croire que des vête¬
ments étroits les font, paraître plus
minces. Il en est tout différemment.
Un obèse doit porter des habits
très-amples, c’est la seule manière
de diminuer un peu son opacité.
ART. 5. «S
Le spirituel et savant auteur de
la Physiologie du goût a tracé une
espèce d’hygiène curative de l’obé¬
sité. Le régime qu’il indique est as¬
sez peu agréable à suivre ; nous en¬
gageons cependant tous ceux qu’af-
8
CODE
flige cette maladie a s’y soumettre,
dans l’intérêt du voisinage, à table,
au spectacle, en voiture publi¬
que , etc. , etc.
DK LA TOILETTE.
87
CHAPITRE XVI.
DE LA TRANSPIRATION.
*3» ART. 1.
Les phénomènes de la transpira¬
tion sont fort curieux ; mais comme
nous ne faisons pas ici un livre de
science, nous renverrons, pour la
description, les lecteurs curieux à
leur médecin consultant.
ART. 2. «5
La transpiration a deux effets
également désagréables , le pre*
88 CODE
mier de pénétrer les vêtements et
d’en altérer les couleurs ; le second
d’exlialer une odeur parfois nau¬
séabonde. Tout l’art de la toi¬
lette est insuffisant pour combattre
ces deüx résultats. Les gilets de
flanelle, qui absorbent la transpi¬
ration, ne peuvent convenir aux
deux sexes, et la ressource du taf¬
fetas gommé placé en dessous des
étoffes ne procure aucun avantage.
S» ART. 5. ««
L’excessive propreté, les soins
quotidiens de toilette peuvent seuls
combattre les désagréments de la
transpiration. Il faut toutefois bien
se garder de chercher à les masquer
TOILETTE.
à force d’odeurs ou d’essences. Rien
n’est de plus mauvais goût que
l’usage des parfums.
ART. 4. «S
Une transpiration arrêtée est ex¬
trêmement dangereuse. A la sortie
du bal, du spectacle, il faut avoir
grand soin de se maintenir dans un
état salutaire de moiteur ; la transi¬
tion subite du cbaud au froid est
la source d’une infinité de mala¬
dies.
On regarde souvent, et à tort,
l’état habituel de transpiration
comme un signe de faiblesse. Cette
8 .
CODE
déperdition est naturelle, et néces¬
saire à la vie autant que la respira¬
tion; comme elle, elle est conti¬
nuelle et exige des soins de tous
les moments ; mais c’est surtout au
sortir du lit, au moment d’entrer
au bain , lorsqu’on se repose après
une longue marche, qu’il faut soi¬
gneusement éviter de la supprimer
brusquement.
LÀ TOILETTE.
TITRE DEUXIÈME.
Cl )om.
CHAPITRE PREMIER.
DU LOGEMENT.
Le logement, comme la toilette,
fait en quelque sorte partie de la
personne : l’ordre, la grâce, la net¬
teté doivent y régner, pour donner
92 CODE
dès l’antichambre une idée favora¬
ble du caractère et des habitudes
de celui qui l’habite.
ART. 2. «3
Il est impossible que l’apparte¬
ment d’un sot ressemble à celui
d’un homme d’esprit : on peut y
rencontrer delà richesse, de la pro¬
fusion; jamais on n’y trouvera ce
qui seul lui donnerait du prix, l’é¬
légance et la simplicité unies au
comfortable.
S» ART. 5. «H
Il est important qu’une chambre
à coucher soit élevée, spacieuse,
que ses fenêtres ouvrent de l’est h
TOILETTE.
DE LA
l’ouest. Ces fenêtres doivent être
exactement fermées la nuit. Quel
que soit le degré de chaleur de l’at¬
mosphère , il suffit, pour renouve¬
ler l’air et entretenir une fraicheur
salutaire, d’ouvrir de très-grand
matin, et de laisser pénétrer les
premiers rayons du soleil.
AS.T. 4. «Ig
Rien n’est plus contraire aux rè¬
gles d’une sage hygiène, que l’usage
de ces amples rideaux qui font res¬
sembler nos lits à des palanquins.
Lorsque la disposition de la cham¬
bre à coucher nécessite l’emploi de
rideaux, il faut du moins les draper
de manière à pouvoir les relever la
94
CODE
nuit, afin de ne pas respirer cent
fois le même air.
SB» ART. 5.
Nos voisins, les Anglais, ont l’ex¬
cellente coutume de garnir de tapis
tous les parquets d’un appartement.
Rien ne meuble davantage , et ne
maintient aussi également la cha¬
leur. Les progrès de nos manufac¬
tures ont d’ailleurs mis ces riches
produits de l’industrie à la portée
de toutes les fortunes, et l’on ne
saurait se dispenser d’en faire usage
en hiver,
S» ART. 6. ««S
Le cabinet de toilette doit tou-*
TOILETTE.
95
jours être attenant à la chambre à
coucher. Par une sage précaution,
on en recouvre le tapis d’une toile
cirée, aux endroits où se placent'les
divers petits meubles de toilette,
afin d’éviter les taches que l’eau
pourrait faire.
& ART. 7. «15
Nous ne saurions trop recomman¬
der l’usage des porte - manteaux.
Un habit serré dans une commode,
ou sur les rayons d’une armoire,
contracte inévitablement de faux
plis. Au porte-manteau, il conservé
sa tournure et sa fraîcheur.
Il est un meuble que l’on ren¬
contre trop rarement dans la cham-
breà coucherdenosjeunes gens à la
mode, et dont on ne saurait cepen¬
dant trop apprécier les avantages.
C’est \e fauteuil à lire. Successeur
du divan parasite, de la féodale ber¬
gère, de l’incommode causeuse, le
fauteuil à lire, dontle siège est élevé
seulement d’un pied , dont le dos,
garni de larges oreilles, se renverse
en arrière, est le plus commode de
tous les meubles de repos. Que l’on
veuille lire, réfléchir ou sommeil¬
ler, il offre d’inappréciables avan¬
tages ; par sa disposition, il facilite
DE LA TOILETTE.
97
la digestion; puis sa présence dans
une chambre à coucher donné à
penser que le maître du logis est
un homme studieux, et cette der¬
nière considération ne gâte certai¬
nement rien à ses autres mérites.
98
CODE
CHAPITRE II.
DE LA MISE.
S* ART. 1. ^5
La mise est la convenance, l’har¬
monie entre les diverses parties du
vêtement.
ART. 2. «■*
Il y a des gens qui, avec tous les
éléments d’une excellente toilette,
viennent à bout de s’habiller fort
mal. Ils ont Staub pour tailleur,
Bandoni pour chapelier , Hasley
DE LA TOILETTE. 39
pour bottier ; madame Frédéric est
leur lingère, Walker les gante ,
Marguerite leur vend des bijoux :
ils ont tout, hors-une chose, une
seule, que la fortune ne donne pas,
l’art de se mettre.
S» art. 5. «si
Le spirituel crayon d’Henri Mon-
nier ne fera-t-il pas justice quelque
jour de ces élégants qui portent un
habit noir sur un pantalon chamois;
qui mettent une cravate blanche
avec une chemise delà veille, une
redingote à la propriétaire et un
pantalon d’été? Ne nous fera-t-il
pas rire aux dépens de ceux qu’on
rencontre en costume de cérémo-
CODE
nie, avec un gros rotin à la main ;
et des chapeaux gris en automne, et
des bas blancs avec des pantalons fon¬
cés? Cespetits travers sontcertes fort
innocents : Lavater cependant en eût
tiré de très-défavorables inductions
sur l’esprit de ceux qui se les don¬
nent, faute d’observer comment se
mettent les gens qui les entourent.
S» ART. 4.
La province est à juste titre re¬
nommée pour son mauvais goût en
fait de toilette ; mais à qui en est la
faute? ànos marchands parisiens d’a¬
bord , qui n’expédient dans les dé¬
partements que des objets de rebut
dont la mode est la plupart du temps
TOILETTE.
104
DE LA
passée, puis aux divers journauxdes
modes, recueils ridicules où l’af¬
fectation du style est encore dépas¬
sée par l’afféterie des gravures.
ft» ART. 5. ««
On confond trop souvent le luxe
et la richesse avec l’élégance. A mé¬
rite égal, c’est-à-dire s’il y a des deux
côtés beauté, jeunesse et tournure,
une personne bien mise l’emportera
toujours sur une personne riche¬
ment vêtue.
402
CODE
CHAPITRE III.
DU LINGE.
ART. 1.
La beauté du linge est la pre¬
mière condition de la toilette : sa
finesse et sa Blancheur font ressortir
l’élégance de la mise, et même au
besoin en tiennent lieu.
S» ART. 2. «e?
C’est chose difficile, que de com¬
poser parfaitement une garde-robe
d’homme en linge. En trop grande
DE LA TOILETTE.
m
quantité, il jaunit et passe de mode;
dans le cas contraire, il s’use par ses
trop fréquents voyages chez la blan¬
chisseuse : voici en général l’inven¬
taire de la commode d’un jeune
homme comme il faut :
► ART. 3 .
Trois douzaines de chemises,
dont une douzaine en toile d’Hol¬
lande oubatiste, une douze en toile,
pour coucher, et une douzaine en
percale ou jaconas pour l’été. No¬
tons ici que le classique jabot est à
jamais banni, et ne s’agite plus que
sur les respectables poitrines des
grands-parents.
Trois douzaines de cravates, dont
4 04 CODE
une douzaine de fantaisie ; six dou¬
zaines dé faux cols.
Six douzaines de mouchoirs, ainsi
composées : quatre douzaines en ba¬
tiste , une en foulards, et une en
madras pour la tête.
Les pantalons d’été, les gilets de
piqué blanc et de fantaisie, doivent
être plus choisis que nombreux, et
toujours au courant de la mode.
Quant aux bas, aux caleçons, etc.,
il n y a nul inconvénient à en avoir
un grand nombre.
5» AKT. 4.
Il est fort important, lorsque l’on
a de beau linge, d’avoir aussi une
DE LA. TOILETTE.
bonne blanchisseuse : malheureu¬
sement rien n’est plus rare à Paris ;
ces dames , quoique très-polies, y
sont fort peu honnêtes.
5» ART. 5. «B:
Aussitôt que la blanchisseuse a
rapporté le linge, il faut prendre la
peine de le serrer soi-même avec
ordre et méthode". C’est -quelque
chose de si disgracieux qu’un faux
pli, qu’on ne doit pas laisser l’occa¬
sion d’en faire à quelque domestique
maladroit.
La racine d’iris de Florence, pla¬
cée dans les tiroirs où l’on renferme
CODE
-toc
le linge, lui communique une odeur
suave et fraîche; elle a en outre la
propriété d’éloigner les insectes.
On doit la préférer à tous les sachets
balsamiques.
► ART. 7. ««
Nous rangerons les gilets de fla¬
nelle dans la cathégorie du linge de
corps. Leur usage facilite la trans¬
piration dont ils absorbent les pro¬
duits. Il est nécessaire d’en changer
une fois par semaine au moins. Ces
gilets ont besoin d’être mis à la les¬
sive ; un blanchissage superficiel
serait insuffisant pour enlever les
matières dont ils s’impreignent, et
dont la résorption entraînerait de
graves inconvénient .
TOILETTE.
DE LA
10 7
DE l’habit et de la redingote.
ART. 1.
« Les membres doivent être aü
« large dans leurs vêtements ; rien
« ne doit gêner leurs mouvements,
« rien de trop juste , rien qui colle
« au corps, point de ligatures. »
Que dirait Jean-Jacques, qui a écrit
ces lignes, s’il voyait nos costumes
à la mode ; certes, il ne serait pas
tenté de jeter aux orties sa robe et
sa coiffe d’Arménien,
CODE
S* ART. 2. «Si
La coupe et la couleur des habits
a très-peu varié depuis quelques an¬
nées ; le noir est toujours exclusive¬
ment admis comme costume de cé¬
rémonie, mais on porte générale¬
ment les couleurs de fantaisie dans
toutes les autres circonstances.
■a» ART. 5.
Quoiqu’il n’y ait plus de marques
distinctives dans les divers costu¬
mes, il existe toujours une sorte de
nuance, une légère ligne de dé¬
marcation , qui indique à l’œil
exercé l’âge, la fortune, la profes¬
sion. Les tailleurs de Paris savent
DE LA TOILETTE. 109
saisir et conserver avec une rare ha¬
bileté ces imperceptibles différen¬
ces. Le légiste, le propriétaire, le
médecin, le rentier et le dandy, ha¬
billés par le même tailleur, avec la
même pièce de drap, coupé sur les
mêmes patrons, ont chacun un cos¬
tume différent.
ART. 4 . «■?
La nuance et la qualité plus ou
moins légère du drap distinguent
seules les habits d’été de ceux d’hi¬
ver; ces premiers doivent toutefois
être un peu plus larges de l’encolure
et des manches.
10
110
CODE
£§*> ART. 5. ««
Le point important dans la façon
d’un habit, ce qui lui donne de la
tournure, c’est la taille : il faut que
les épaules soient exactement ser¬
rées, que la hanche se trouve em¬
boîtée parle pan. En général, un
homme comme il faut ne doit avôir
aucune indulgence pour les fautes
que peut commettre son tailleur :
un habit manqué du premier coup
ne va jamais bien; il serait inutile
de le faire retoucher; on doit le
rendre et en commander un autre.
ART. 6. ^
La redingote (en anglais reading
TOILETTE.
111
DE LA
coat, habit de cheval) ne se devrait
porter qu’en grand négligé ; ce vê¬
tement cependant est tellement com¬
mode, que l’usage a presque prévalu
maintenant de le conserver une
grande partie de la journée, et
même le soir, lorsque l’on dîne chez
le traiteur et que l’on va seul auspec-
tacle.
sE» ART. 7 .
La redingote d’étoffe, que quel¬
ques personnes portent l’été, n’est
guère de mise qu’à la campagne;
on la voit rarement portée par un
élégant.
GODE
S»> ART. 8. «3
Nous ne parlerons pas ici des
manteaux; chacun les commande
d’après son goût. Le drap, le bou-
racan, la popeline, se disputent cha¬
que hiver les faveurs de la mode,
qui jusqu’à ce jour est restée indé¬
cise; le collet des manteaux d’étoffés
sèches, comme plaids, etc., est en
pluche rouge; celui des manteaux de
drap est garni d’une riche fourrure.
& ART. 9. «0
En règle générale, il y a éco¬
nomie à payer cher ses habits ,
quand en ne les paie que ce qu’ils
valent. Les draps de belle qualité
DE LA TOILETTE.
115
sont seuls durables, et se prêtent
beaucoup mieux que les draps com¬
muns au génie du tailleur.
10.
CODE
M4
CHAPITRE V.
DES CULOTTES ET PANTALOMS.
a» ART. 1.
La mode delà culotte, que depuis
quelques années on tente vainement
d’abolir, se maintiendra sans doute
long-temps encore dans la bonne
compagnie; elle est en effet bien plus
élégante bien plus convenable que
celle du pantalon que l’on veut lui
substituer ; aussi, même en costume
militaire, la culotte est aujourd'hui
seule admise en grande tenue de
réception ou de bal.
TOILETTE.
DE LA
HS
tes ART. 2. «85
Avec le frac on ne peut porter
que la culotte noire de Casimir et
la boucle de jarretière d’or unie,
le bas de soie très-fin à longs coins
à jour, le chausson serré par un sim¬
ple cordon ; les boucles de souliers
sont à jamais reléguées à l’anti¬
chambre.
a» art. 5.
Les pantalons sont un vêtement
aussi favorable au maintien de la
santé, que commode et élégant en
petite tenue ; pour avoir de la grâce,
toutefois, ils ne doivent être ni trop
amples ni trop étroits, et descendre
seulement jusqu’à la cheville.
116
GOBE
ART. 4. «35
On regarde le pantalon comme la
pierre de touche du tailleur, depuis
surtout que la mode toute militaire
des dessous de pied est venue ajou¬
ter à sa confection de nouvelles
difficultés.
a» ART. 5.
Quelques très-jeunes gens s’ob¬
stinent à paraître au bal en pantalon ;
ils devraient s’apercevoir, cepen¬
dant, que dans un salon les danseurs
en culotte ont seuls l’air d’être
habillés. Nous savons fort bien que
le pantalon est la ressource de ces
jambes timides qui n’osent se pro-
duire au grand jour ; mais un peu de
mauvaise honte est bientôt passée : il
faut se conformer , dans la première
jeunesse surtout, aux usages reçus,
et d’ailleurs les boutiques de bonne¬
tiers offrent de très-consolantes res¬
sources aux partisans du pantalon.
CODE
CHAPITRE VI.
DE LA CHAUSSURE.
Une chaussure Lien faite rend la
marche légère et facile, elle ajoute
aux grâces d’une bonne tournure,
et indique l’habitude des soins de
la toilette et de la propreté.
La mode exige dans ce moment
que l’on porte une chaussure carrée
par le bout; souhaitons que cette
TOILETTE.
119
DE LA
coutume salutairese maintienne, car
le pied souffre dans ces chaussures
pointues qui ressemblent à un étau.
Ü» ART. 5. «K
Les dames devraient toujours
porter des souliers couverts et un
peu plus longs que le pied : rien ne
lui prête plus d’avantages et ne sou¬
tient aussi bien ses mouvements.
En général, nos élégantes se mettent
le pied à la torture pour le faire
paraître petit; quand se persua¬
deront-elles bien qu’un trop petit
pied est une difformité, et que c’es
l’accord parfait entre toutes les par¬
ties du corps qui seul constitue la
beauté de chacune.
120
CODE
!»» ART. 4. «Fï
La mode des guêtres, quoique
renouvelée des Grecs, nous semble
fort bonne : moins lourdes que les
bottes, elles font ressortir la finesse
de la jambe et en affermissent le
mouvement ; elles préservent aussi
le pied de l'humidité, de la pous¬
sière , et le font paraître plus élé¬
gant. On pourrait en faire un usage
plus général ; un temps viendra où
on les substituera aux bottes , chaus¬
sure gênante, lourde et d’assez
mauvais goût.
9» ART. 5. *«s
Les brodequins, la seule mode
LA TOILETTE.
121
raisonnable que nos dames aient
empruntée aux Anglaises, sont une
chaussure élégante et commode :
les robes écourtées, que l’on porte
à présent, en font apprécier tout l’a¬
grément; et l’biver, en maintenant
le pied dans une douce chaleur et
en le garantissant de l’bumidité, ils
remplaceront les socques, à qui leur
utilité n’a pu faire pardonner d’être
si disgracieux et si fragiles.
!» ART. 6. ^
Il faudrait un livre entier pour
décrire les bottes fortes , molles , à
revers, russes, etc., etc.; en somme
la chaussure doit être élégamment
proportionnée au pied , et il est in-
123
dispensable qu’elle soit entretenue
avec la propreté la plus recher¬
chée.
DE LA TOILETTE.
125
CHAPITRE V1X.
DU CHAPEAU ET DES GANTS.
ART. 1.
Sans être tout-à- fait de l’avis
du proverbe , et sans prononcer
« qu’un homme bien coiffé et bien
chaussé soit bien mis, >> la mode
attache beaucoup d’importance à
la beauté et à l’élégance du cha¬
peau. S’il ne dispense d’aucune au¬
tre partie de la toilette, il faut con¬
venir qu’il est une des plus essen¬
tielles.
-124
CODE
3» ART. % <m
Rien de plus inconstant que la
forme des chapeaux; elle change
régulièrement quatre ou cinq fois
par an. Avant toutefois d’adopter
celle que quelque élégant en re¬
nom, ou quelque chapelier novateur
tente de mettre en vogue, on doit
s’assurer quelle sied à l’air de la
figure : sinon, on attend une mode
nouvelle. D’un bal de l’Opéra à
l’autre, les holivards ont détrôné
les morillos.
On ne peut avoir moins de trois
chapeaux : un gris pour la cam-
DE DA TOILETTE.
125
pagne, et deux noirs dont un en
claque pour le bal. Le chapeau qui
pèserait plus de six onces serait
pour la tête un fardeau plutôt
qu’une coiffure.
ART. 4. <«3
L’usage veut aujourd’hui que
dans une soirée priée, un raout ou
un bal, on ne dépose pas son cha¬
peau. Cette méthode présente di¬
vers avantages ; d’abord le claque,
que l’on tient à la main, donne une
contenance : on s’en esquive plus
inaperçu. Puis on n’a pas le dés¬
agrément d’entendre des réponses
comme celle que fit certain valet
de M. de Villèle à un député qui,
il.
126
CODE
en se retirant, demandait son cha¬
peau neuf : « Des chapeaux neufs,
Monsieur ! depuis minuit il n’y
en a plus. »
ART. 5. «5
C’est une mode fort sage que
celle des gants. Ils entretiennent la
beauté de la main , et la défendent
contre les injures de l’air et la pi¬
qûre des insectes. Même en négli¬
gé , on ne peut se dispenser de
porter des gants.
S»>ART. 6. «S
Un élégant se gante suivant la
saison. Il adopte en général, pour
l’hiver, la peau de castor, au prin-
DE LA TOILETTE. 127
temps là peau de chevreau; en été
il peut porter des gants de batiste
écrue. En tenue de bal on n’ad¬
met que les gants glacés : les gants
blancs sont réservés aux mariés et
aux parrains.
33» ART. 7. «s;
Il existe plusieurs procédés pour
nettoyer les gants. Lorsqu’ils ne
sont que légèrement altérés, on
peut leur rendre leur fraîcheur
en les frottant, s’ils ne sont pas
glacés, avec de la mie de pain; s’ils
sont glacés, avec de la gomme élas¬
tique.
CODE
CHAPITRE VIII.
DES VETEMENTS DE NUIT.
ï»> ART. t.
Avant de se mettre au lit il est
indispensable de changer de linge;
négliger cette précaution c’est s’ex¬
poser à de graves conséquences.
Le linge que l’on a porté tout le
jour est saturé des produits de la
transpiration ; si on le, garde la
nuit , la résorption de ces produits
s’opère , et donne naissance à des
incommodités d’abord , et plus
tard à des maladies.
La tête doit être légèrement cou¬
verte : un mouchoir de madras, ou
un bonnet de toile de lin , l’entre¬
tiennent dans une douce chaleur,
sans provoquer la transpiration.
S» ART. 5.
Dès son lever il faut quitter le
linge de nuit, et avoir soin de l’ex¬
poser à l’action de l’air, ainsi que
le lit que l’on découvre , afin que
les émanations des sécrétions noc¬
turnes puissent s’évaporer, et ne
soient pas résorbées la nuit sui¬
vante.
150
CODE
S* ART. 4. «i
Lorsqu’on ne s’est pas fait une
longue habitude de porter con¬
stamment les gilets de flanelle, il
est bon de les quitter en se cou¬
chant. Dans ce cas, la chemise de
nuit doit être d’étoffe de coton.
ü» ART. 5. «S
Quelques personnes portent la
nuit une espèce de cravate. D’au¬
tres, lorsqu’elles sont affectées d’un
mal de gorge, s’entortillent le cou
d’un morceau de flanelle. Un tel
usage est dangereux, le cou doit
être, durant le sommeil, dégagé de
toute ligature. Point central de
nos plus précieux organes, le cou
souffre déjà assez d’être, pendant le
jour, emprisonné par la mode
dans un carcan d’empois.
152
GODE
CHAPITRE IX.
Sa* ART. 1. «S
Un homme soigneux doit se ser¬
vir pour l’en Lretien de ses vêtements
de quatre espèces de brosses, et ne
jamais permettre que l’une empiète
sur les attributions des autres.
ï8» ART. 2. «5
La première brosse, dure dans
son élasticité, enlève jusqu’aux
traces de la crotte ; elle sert par
TOILETTE.
155
DE LA
conséquent plus spécialement aux
pantalons.
S» ART. 5.
La seconde, à poils longs, sou¬
ples , bien fournis, dégage et attire
la poussière, sans élimer le drap
ni lui ôter son lustre.
S» ART. 4. ^
La troisième enfin, destinée uni¬
quement à l’usage des chapeaux, a
les poils très-longs, doux et serrés.
Elle chasse la poussière, et en tre-
tient le chapeau dans sa fraîcheur
et son brillant.
12
454
CODE
&> ART. 5. *5
La quatrième brosse garnie, au
lieu de crins, de racines de chien¬
dent, ne s’emploie que pour le ve¬
lours. Elle en enlève le duvet et
l’empêche de paraître pâle et terne.
Il est important de nettoyer sou¬
vent les brosses, qui sans cette pré¬
caution se chargent d’impuretés, et
graissent les habits au lieu de les
nettoyer. La meilleure manière,
pour y procéder, est de les frotter
sur un morceau de papier blanc
que l’on applique sur l’angle d’une
table. Lorsque les poils, passés à
DE LA TOILETTE.
155
plusieurs reprises sur le papier, n’y
laissent plus de traces noires, la
brosse est propre.
ïm ART. 7.
La brosse de tête, à crins espacés
et inégaux, doit être entretenue
dans une extrême propreté et serrée
dans un tiroir séparé. Cette brosse
se nettoie non - seulement sur le
papier, mais encore à l’eau chaude
et au savon.
45tî
CODE
TITRE TROISIÈME.
€nmlô.
CHAPITRE PREMIER.
DE LA RAIDEUR.
La raideur est mortelle à la
grâce !
Qui n’a ri> par un beau jour de
Fête-Dieu, de ces braves écoliers
que l’on rencontre, un ruban blanc
au 1 bras, en babit neuf, la cravate
serrée, l’escarpin brillant? ils ont
fait leur première communion le
TOILETTE.
157
DE LA
malin, ils se promènent, dans toute
leur gloire. Comme ils ont l’air
gêné, emprunté, mal à l’aise ! Le
dandy s’arrête et les regarde en
pitié : il a tort, il voit là son portrait,
un peu chargé peut-être ; mais,
somme toute, il est ridicule comme
eux, et son ridicule est le même,
la raideur.
La raideur, cependant, menace
de devenir de mode. Dans beaucoup
de salons on la confond avec la
gravité : un jeune homme a l’air
d’un sot, on lui trouve une physio¬
nomie de penseur. Le claque à la
main, le jarret tendu, tremblant
de compromettre la symétrie de
sa cravate, de faire grimacer la
manche de son habit, un autre pas-
12.
438 GODE
sera pour observateur. Si la mode
eu prend, nos salons ressembleront
à la galerie des antiquesou au ca¬
binet de Droz et de Maëlzel.
Le pis est que cette raideur ne
s’arrête pas à la toilette : le carac¬
tère s’en ressent: on parle moins,
on ne rit plus, et tout cela pour.faire
dire que la génération nouvelle est
grave, ennemie du frivole, parle¬
mentaire enfin.
Si la chose est, et nous voulons
le croire, car, dans un petit livre
consacré à des futilités, on doit pas¬
ser condamnation sur une question
aussi grave ; si la chose est, tant
mieux : que la génération nouvelle
soit sérieuse, mais qu’elle soit ai¬
mable, qu’elle évite de tomber dans
TOILETTE.
m
une sotte exagération, qu’elle se
laisse répéter qu’il n’y a d’élégance,
de plaisir, de sociabilité qu’avec du
naturel, que le naturel seul donne
le bon goût, la grâce,
« Cette grâce ! plus belle encore que la beauté.»
La Foutaise.
CHAPITRE XI.
DES TRANSITIONS.
Rien de délicat, rien de difficile,
rien de dangereux comme les transi¬
tions : en poésie comme en méde¬
cine, à la guerre comme dans les
modes , d’elles seules dépend le
succès. Une bonne tragédie tombe
au quatrième acte ; une sueur ren¬
trée emporteun convalescent ; Mah¬
moud perd l’empire pour avoir fait
trop tôt l’exercice à la prussienne;
mademoiselle Mars compromet sa
réputation en jouant trop tard les
ingénues.
DE LA TOILETTE.
441.
La vie, comme l’année, est mar¬
quée par quatre grandes transitions :
l’enfance, la jeunesse, la maturité,
la vieillesse; rien ne nous saurait
exempter d’en subir les conséquen¬
ces, il suffit au reste d’un peu de
philosophie pour s’y résigner; le
difficile, l’important, c’est d’ap¬
prendre à en mettre à profit les di¬
vers avantages,
La toilette, dans l’enfance, nous
cause peu de soucis : l’amour pater¬
nel doit veiller à ce qu’elle soit tout
entière subordonnée aux règles
d’une sage hygiène. La sortie du
collège et un changement de tail¬
leur suffisent pour nous placer au
niveau de la jeunesse; le désir de
plaire, l’énergie vitale font à ce mo-
ment, de la toilette, un besoin
comme' un plaisir. L’âge mûr, ses
travaux, ses idées, modifient la di¬
rection qu’on lui donne ; et quand
arrive la vieillesse, avec elle vient
le désillusionnement pour celui qui
a habilement ménagé les transitions,
de sa vie.
La mode en effet, pour le jeune
homme, est une reine ou une es¬
clave : il se soumet à ses lois s’il ne
peut lui en dicter; mais, quand a
sonné la quarantaine, il faut, sous
peine de ridicule, heurter de front
certains de ses arrêts.
Si dès ce moment on change peu
à peu la forme de ses habits, l’ex¬
pression de ses mouvements, de sa
marche, on voit arriver inaperçue
TOILETTE.
145
la cinquantaine, et la vieillesse ne
laisse rien à regretter.
Le monde est plein de ces vieil¬
lards qui n’ont pas voulu vieillir.
Vêtus comme leurs fils, maniérés,
prétentieux, répétant à tout propos
qu’ils ont la tête , l’imagination
jeunes , ils renoncent à inspirer le
respect, et ne peuvent obtenir à sa
place cette expansion de cordialité
que leurs cheveux grisonnants re¬
poussent ; la caducité les surprendra
en chaussons de hal, la goutte fera
seule trêve à leurs déjeuners de gar¬
çons.
En général l’âge produit deux
effets opposés , ou l’excessive mai¬
greur, ou l’extrême embonpoint.
Avec un bon tailleur et, une ferme
144
CODE
résolution, on tire également parti
de l’une et de l’autre. Des draps
foncés, une coupe d’habit sévère,
sans cesser d’être élégante , une
coiffure régulière, des bijoux sim¬
ples et de prix, donnent tout d’a¬
bord un air grave, qui parfois as -
sure des succès qui ne laissent pas
regretter les triomphes de là pre¬
mière jeunesse.
C’est pour les femmes surtout
qu’est terrible ce passage, qui sou¬
vent cependant les conduit du plai¬
sir au bonheur. Que de regrets,
que de soupirs, que d’indécisions,
avant de s’avouer à soi-même que
l’on n’est plus jeune ! puis ensuite
que de soins , de précautions, de
mystères, pour le cacher aux autres!
DE LA. TOILETTE. 145
Si les femmes savaient combien
de petites félicités entourent une
jeune et franche vieillesse! C’estpar
elle que l’on se prépare surtout le
bonheur et la tranquillité de la der¬
nière des transitions.
45
CODE
UG
CHAPITRE III,
On rencontre à chaque pas, dans
le monde, de ces gens qui croient
avoir des gestes spirituels, énergi¬
ques, gracieux, comiques, et qui se
garderaient de dire une parole sans
mettre un mouvement à l’appui. Ils
lèvent les épaules, frappent du pied,
grimacent à se faire croire attaqués
de la danse de saint-gui. C’est
quelque chose de fort amusant que
d’écouter de loin, avec les yeux, la
conversation de deux interlocuteurs
possédés de cette manie ; on se fait
DE LA TOILETTE. 147
inévitablement nue idée fausse du
sujet qui les occupe ; on prend une
invitation à dîner pour une provo¬
cation de duel, un compliment de
condoléance pour d’humbles excu¬
ses.
En général, une personne bien
élevée est peu prodigue de gestes.
L’abbé Delille avait coutume de
dire « que les gestes, complément
et parure du discours , donnent de
la physionomie aux paroles. » Il est
vrai que nul homme n’avait autant
que lui l’art de suppléer par l’action
à l’insuffisance du discours, et de
rendre en quelque sorte palpable
sa pensée. Malheureusement ses
élèves ni ses successeurs n’ont hé¬
rité de cette heureuse faculté.
148
CODE
Les grands gestes sont ridicules
et de mauvais ton ; mais les gestes
mignards sont, plus insupportables
peut-être encore. A voir serrer les
lèvres, cligner les yeux, prendre
mille façons singulières pour expri¬
mer la chose la plus simple, on res¬
sent des impatiences ; si la politesse
ne retenait, on romprait en visière
à l’interlocuteur, à ses gestes, et à
son afféterie *.
* Un homme de lettres, fort spirituel et
fort aimable du reste, s’est acquis, dans ce
genre, une réputation toute particulière. Il
fait autant de petits gestes qu’il prononce de
syllabes. Il semble qu’il prenne à tâche de
joindre la pantomime au discours. Un de ses
amis l’a surnommé plaisamment le Mazurier
de la conversation.
TOILETTE.
149
CHAPITRE XV.
DES RACCORDS.
Dût le spirituel et savant auteur
de T Examen critique des diction¬
naires de la langue française rire
de ma témérité, je me sers de ce
mot, raccordj, que l’Académie n’a¬
doptera certes pas, mais qui sera du
moins compris, pour désigner cette
innocente supercherie à l’aide de
laquelle on donne un air de nou¬
veauté à une vieillerie passée de
mode. Il faut bien se servir du mot
lorsque la chose est si commune.
Le clerc de notaire met un collet
45 .
150 CODE
de velours à un vieil habit,, le vau¬
devilliste coud des couplets à un
proverbe de M. Leclerc; l’abbé ar¬
range Massillon a la taille de son
auditoire ; la Chambre retourne le
discours du trône ; que de rac¬
cords ! sans compter ceux moins
innocents dont je ne puis parler,
quoiqu’ils appartiennent peut-être
un peu au domaine de la toilette !
Les raccords, ressource de l’éco¬
nomie coquette, produisent bien
Rarement un bon effet. Ces demi-
nouVeautés se trahissent toujours
par quelque bout d’oreille.
C’est en vain qu’on tourne
Pour chercher profit,
L’habit qu’on retourne
N’ést qu’un vieil habit.
DE LA TOILETTE. 451
Béranger l’a dit, et, quoique ce soit
une plus grande autorité en poésie
qu’en fait de toilette, nous sommes
entièrement de son avis. Pour
qu’une mise soit élégante , il
y faut avant tout de l’harmonie.
Posons donc cet aphorisme :
Mieux vaut l’usure que le raccord.
APPENDICE
ATJ TITRE PREMIER.
COSMÉTIQUES.
Le célèbre traducteur de Ma-
thioli, Dumoulin, était à l’agonie;
se tournant vers trois de ses con¬
frères qui l’assistaient : «Je laisse,
dit-il, après moi trois grands méde¬
cins...» Les docteurs s’inclinaient
avec modestie. — « JJ exercice j la
diète et l’eau ! » ajouta le malicieux
vieillard.
15-4 CODE
Cette leçon pourrait, ce me sem¬
ble , s’appliquer aussi à ceux qui
ont recours aux secours de la cos¬
métique. Certes, l’activité, la so¬
briété , le soin de sa personne, sont
les plus surs moyens de conserver
la beauté dans son lustre et sa fraî¬
cheur; mais le désir immodéré de
plaire ne s’est en aucun temps .con¬
tenté de ces simples ressources ; on
a trouvé que c’était trop peu que de
cultiver la natûre, on a voulu l’em¬
bellir et la redresser.
La cosmétique formait chez les
anciens une branche de la méde¬
cine, et les Grecs, ces peuples si
sensibles à la beauté, professaient
une vénération profonde pour les
sages qui la cultivaient ; une foule
de volumineux traités, parvenus jus¬
qu’à nous, attestent l’importance
qu’ils attachaient aux plus petits se¬
crets de toilette. Perdue durant des
siècles avec les autres sciences, elle
reparut enfin sous le beau ciel d’I¬
talie, et bientôt fut importée chez
nous, avec le luxe, la civilisation et
la galanterie, par la brillante cour
des Médicis.
Nous n’avons pas l’intention de
tracer ici l’bistoire de la cosméti¬
que , et de montrer nos bons aïeux
troquant souvent leur fortune, et
parfois leur santé, contre les dro¬
gues deNostradamus, dont les mer¬
veilleux effets rendaient, kson dire,
« la face nette, luisante et polie
comme un miroir. »
156
CODE
Lamode des parfums etdes fards,
malgré les déclamations du clergé,
et les sages avis des hommes éclai¬
rés , fit de rapides progrès ; il devint
bientôt impossible de la combattre,
et on la poussait à un tel excès du
temps de La Bruyère, que ce mora¬
liste écrivait : « Si les femmes étaient
« telles naturellement qu’elles le
« deviennent par leurs artifices ;
«c’est-à-dire qu’elles perdissent
«tout-à-coup la fraîcheur de leur
«teint, quelles eussent le visage
« aussi allumé et aussi plombé qu’el-
« les se le rendent parle rouge et les
«peintures dont elles se fardent,
« elles seraient inconsolables. »
Notre révolution, en faisant jus¬
tice des vieux abus, fit justice aussi
DE DA TOILETTE.
157
des modes ridicules ; les coiffures à
trois étages, les paniers, le rouge et
les mouches disparurent comme les
ahbés, les corporations et la dîme :
dès lors une femme put être fraî¬
che etjolie impunément; la coquet¬
terie cessa d’avoir ses martyres ; des
ajustements simples et élégants
remplacèrent l’attirail de l’ancienne
étiquette.
La science de la cosmétique s’est
de ce moment beaucoup simplifiée.
Les progrès de la chimie son t venus
d’ailleurs éclairer l’inexpérience sur
le danger de la plupart de ses pré¬
parations; elles charlatans, qui con¬
tinuent de vanter leurs nuisibles
préparations , sont d’autant plus
coupables aujourd’hui, qu’ils n’ont
14
plus à alléguer leur ignorance pour
excuse.
Grâce au ciel, la céruse et le ver-r
millon ne s’emploient plus qu’au
théâtre ; cependant il existe encore
quelques abus, etplus d’une femme
peut confondre les préparations in¬
nocentes, telles que certaines eaux
spiritueuses, les huiles parfumées,
les aromates végétaux, avec des cos¬
métiques dont le plomb forme la
base, tels que la céruse, le vinaigre
de Saturne, et le bismuth. On doit
donc rejeter sans exception toute
préparation où entrent des oxydes
métalliques ou des acides miné¬
raux ; la toilette trouve d’assez puis¬
santes ressources dans ces recettes
salubres qui, simples comme lana-
TOILETTE.
ture, et destinées seulement à l’ai¬
der, relèvent l’éclat de la beauté ,
prolongent son empire , et dédom¬
magent même de son absence.
Après avoir mis nos lecteurs en
garde Contre le charlatanisme des
débitants de cosmétiques, il nous
reste à leur indiquer quelques com¬
positions bienfaisantes , sur les¬
quelles nous appelons leur préfé¬
rence,tant à cause des heureux effets
qu’on en retire, que de la facilité
avec laquelle on peut les préparer.
Pommade de concombres.
La pommade de concombres
donne à la peau de la souplesse et
delà fraîcheur. Son emploi, toujours
460 CODE
agréable, est aussi salutaire dans di¬
verses affections de la peau; en voici
la recette :
On râpe des concombres blancs
que l’on met dans une quantité égale
d’huile d’olive fine : on place le vase
de porcelaine ou d’argent contenant
ce mélange, dans un bain-marie, et
on l’agite avec une cuillère d’argent.
On retire le vase au moment où l’é¬
bullition va commencer, et on passe
le résidu à travers une étamine. On
remet jusqu’à six fois la même huile
sur de nouveaux concombres râpés,
et on retire toujours le vase avant
que le bain-marie ait procuré l’ébul¬
lition. On obtient ainsi une pom¬
made onctueuse et éclatante de
blancheur. Il faut en couvrir les
TOILETTE.
161
DE LA
pots d’une couche de graisse, pour
empêcher le contact de l’air.
Eau pour effacer les rides.
Il est une foule de préparations
composées dans le but d’effacer les
rides. Nous n’en indiquerons pas
les diverses recettes. Celle que nous
donnons ici a cela du moins de pré¬
cieux, que si elle ne possède pas
toute la vertu qu’on lui attribue,
elle est du moins innocente, et se
distingue par les qualités d’un bon
cosmétique.
Onfaitbouillirunepoignée d’orge
perlé dans une pinte d’eau : lorsque
les grains sont parfaitement cuits,
on passe l’eau; à laquelle on ajoute
14.
162
CODE
quelques gouttes de baume de la
Mecque.
Recette pour faire croître les
cheveux.
Souvent, à la suite d’une maladie,
les cheveux affaiblis menacent d’une
chute totale ; la préparation sui¬
vante est dans ce cas recommandée
par l’auteur du Dictionnaire de l’In¬
dustrie française , qui assure, en
avoir vu les effets les plus prompts
et les plus satisfaisants.
On fait fondre ensemble, dans Un
petit pot de terre neuf, une once de
moelle de boeuf fraîche, et Une once
de graisse retirée du pot au feu,
avant que celui-ci ait été salé. Oh
TOILETTE.
-165
DE LA
passe ensuite ce mélange, et on le
jette sur une once d’huile de noi¬
sette.
Eau pour les jeux.
La véritable cosmétique ne con¬
naît ni baumes, ni pommades pro¬
pres à donner de l’éclat, de la viva¬
cité aux yeux ; la médecine les re-
jette tous comme dangereux. L’eau
fraîche suffit pour les baigner soir
et matin, et réparer la fatigue des
muscles. Parfois cependant les yeux
sont affectés d’un gonflement causé
par la chaleur, la poussière, ouïes
veilles. On peut dans ce cas rem¬
placer avantageusement l’eau pure
par une infusion de feuilles d’hys-
164
CODE
sope dans un verre d’eau bouillante,
ou de fleurs de mauve dans du vin
blanc. Ces deux remèdes si simples
sont fortifiants. On les emploie en
lotions, froides en été, tièdes en
biver.
Le célèbre médecin anglais Wil-
lich récommande, lorsque la vue est
momentanément affaiblie, de bai¬
gner de temps en temps la lèvre su¬
périeure dans une eau tiède, à cause
de son étroite liaison avec le nerf
optique. Il conseille également de
fumiger les yeux après dîner, à la
vapeur du café en ébullition.
Soins de T oreille.
Il est important, en se nettoyant
chaque matin l’oreille au moyen du
petit instrument destiné a cet usage,
de ne pas rendre l’opération trop
complète; il serait dangereux d’en¬
lever trop exactement l’enduit des¬
tiné à lubrifier le conduit de l’o¬
reille : la nature s’est proposé un but
dans cette sécrétion ; le cerumen
(c’est le nom que la médecine lui
donne), oppose un rempart aux in¬
sectes , aux sons trop éclatants, aux
vapeurs impures répandues dans
l’atmosphère. Contrarier ces résul¬
tats , en voulant entretenir une pro¬
preté exagérée dans les conduits de
l’oreille, pourrait être nuisible à la
santé, et affecter l’organe de l’ouïe.
Il faut toutefois se garder également
de l’excès opposé, en laissant accu-
166 CODE
muler et durcir une quantité du ce-
rumen au fond du conduit auditif;
elle nuirait alors à la finesse de l’au¬
dition. Au reste, la sensibilité des
parois de l’oreille suffit pour avertir
du point où il est convenable de
s’arrêter, afin de concilier les exi¬
gences de la toiletté et le soin de
la santé.
Pommade pour les lèvres.
La pommade la plus simple et. la
plus usitée pour rendre aux lèvres
la souplesse que le liâle ou le froid
leur font si souvent perdre, est un
cérat composé d’buile d’amandes
douces et de cire vierge ; on le co -
DE LA. TOILETTE. 167
lore avec l’orcanette, et on l’aroma¬
tise d’essence de roses.
Dentifrices.
« Les cosmétiques destinés à
l’entretien de la bouche, dit le Dic¬
tionnaire des sciences médicales ,
sont l’esprit de cochléaria et la tein¬
ture de gaïac : les élixirs dans les¬
quels on fait entrer la menthe, la
pyrèlhre, le girofle, la muscade,
n’ont rien que de salutaire^ mais on
doit rejeter les acides, tels que l’eau
anti-scorbutique de Désirabode,
qui n’est, que de l’acide sulfurique
coloré, et dont l’action sur les dents
ne peut être que funeste. Il faut
168
CODE
aussi se défier de tous les prétendus
trésors de la bouche dont la compo¬
sition est cachée. »
Tous les acides, en effet, tels que
le sel d’oseille, le citron, la crème
de tartre, et plus spécialement en¬
core les acides minéraux, blanchis¬
sent les dents; mais, sous quelque
forme qu’on les emploie, sous quel¬
que nom qu’on les déguise, leur
inévitable résultat est, en peu de
temps, de corroder, de calciner les
dents, de les jaunir, d’enlever leur
poli , et de finir par les rendre noi¬
res, s’ils ne déterminent pas leur
chute anticipée.
Les poudres sont tout aussi dan¬
gereuses ; leur base ne peut être
que le corail pulvérisé , la semence
DE LA. TOILETTE.
169
de perles, les pierres d’écrevisses,
la pierre ponce, l’os de sèche, les
coquilles d’œufs calcinées, l’alun,
la porcelaine en poudre ; leur em¬
ploi est d’autant plus désastreux,
que le frottement immédiat qu’elles
opèrent enlève l’émail, déchausse
les dents et altère les gencives.
Les opiats sont composés avec ces
mêmes acides ou poudres rongean¬
tes, et alors ils sont également dan¬
gereux; si, au contraire, ils ne se
composent que de miel et de par¬
fums , ils sont sans effet.
On doit donc rejeter toutes ces
préparations empiriques : le meil¬
leur dentifrice, et le plus simple en
même temps, est la poudre impal¬
pable de charbon.' Comme le char-
15
470 CODE
bon cependant ne possède qu'une
vertu anti-putride, et qu’il est utile
qu’un dentifrice fortifie les gencives
en blanchissant les dents , on peut
le mélanger ainsi : une once de
charbon tamisé ; une demi-once de
sucre candi pulvérisé ; trois gros
de kinakina Pérou, et une once de
crème de tartre.
Les propriétés de chacune de ces
substances, qui s’accroissent et se
développent par le mélange, doi¬
vent faire préférer ce dentifrice à
tout autre. En effet, le kina raf¬
fermit les gencives, le sucre nettoie
les dents, l’acide du tartre en aug¬
mente l’éclat, le charbon les ren-
forcit. Employées séparément, ces
DE LA TOILETTE. MH
substances cependant auraient cha¬
cune leurs inconvénients :
Le kina seul jaunirait l’émail , le
tartre pourrait l’altérer, le sucre
serait impuissant, le charbon lais¬
serait une teinte désagréable autour
des gencives. Le mélange neutralise
les mauvais effets et développe les
bons.
Une coutume très-salutaire pour
se conserver les dents saines et la
bouche fraîche , est de les brosser
légèrement chaque soir, avant de se
mettre au lit, et de se rincer la
bouche avec de l’eau aromatisée
d’eau-de-vie de cerises ou d’eau-de-
vie de gaïac.
•179
CODE
Savon pour la barbe.
Il n est pas indifférent d’employer
pour la barbe tous lés savons que
vantent les parfumeurs. La plupart
contiennent des principes acides ou
salins qui nuisent essentiellement
à la peau. Le savon d’amandes de
Demarson, ou le savon dit de la¬
dy Derby, doivent être préférés à
tous les autres, non-seulement pour
la barbe, mais pour tous les autres
usages de toilette.
La composition du savon de lady
Derby est fort simple , en voici la
recette :
Deux onces d’amandes amères
blanchies, une once un quart de
DE LA. TOILETTE. 475
teinture de benjoin, une livre du
meilleur savon blanc uni, un mor¬
ceau de camphre de la grosseur
d’une noisette : on pile les amandes
et le camphre dans un mortier sé¬
paré, lorsqu’ils sont bien joints, on
ajoute le benjoin, puis le savon.
Quand le mélange est parfaitement
opéré à chaud, on le prépare en
boules ou en tablettes.
Il serait superflu de noter ici la
nécessité de ne jamais se servir des
rasoirs, éponge, brosse à barbe, ou
linge appartenant à des personnes
étrangères. Les plus graves incon¬
vénients peuvent être le résultat de
cette simple négligence.
174
CODE
Cosmétiques pour les mains.
Pour préserver les mains de rides
et de gerçures, il faut les laver dans
une eau tiède et se garder de les ex¬
poser à l’air immédiatement après.
La peau des bras et des mains,
quoique d’un tissu plus serré que
celle des autres parties du corps, est
sujette à une grande dilatation : le
froid \ui est contraire, le vent la des¬
sèche, le soleil la brunit très-vite ,
tandis qu’une douce chaleur la gon¬
fle et l’assouplit; aussi la meilleure
précaution pour conserver la beauté
de la main, est-elle de porter con¬
stamment des gants de peau. Ceux
de peau de cbien ont, plus que tous
TOILETTE.
175
autres , l’avantage d’adoucir et de
conserver l’épiderme.Quelquesper-
sonnes se servent encore de gants
gras. La meilleure manière de les
préparer consiste à Lattre deux
jaunes d’oeufs très-frais, dans deux
cuillerées d’huile d’amandes dou¬
ces : on arrose ce mélange d’une
demi-once d’eau de roses, et on y
ajoute deux gros de teinture de ben¬
join. On trempe les gants retournés
dans ce cosmétique, et on les met
la nuit.
Là pâte d’amandes ne convient
pas à toutes les peaux ; il en estmême
qu’elle jaunit et brunit; dans ce
cas, il faut la remplacer par le fruit
de Yœsculus ou marronier d’Inde,
qui n’a pas le même inconvénient.
176 CODE
« Le fréquent usage de cette farine,
« dit Y Encyclopédie de La beauté,
k est très-salutaire : la peau en con-
« tracte un lustre admirable ; elle
« nettoie parfaitement et n’est su-
« jette k aucun des inconvénients
« des substances savonneuses.»
Parmi les soins dont les mains doi¬
vent être l’objet, il en est un qu’il ne
faut pas négliger, c’est de se servir
toujours d’une brosse très-fournie,
large, et molle. Si les so ies en étaient
séparées ou dures, elles érailleraient
la peau et lui enlèveraient son bril¬
lant.
Quant aux ongles, l’babîtude de
soins journaliers leur procure lé
poli, la transparence, la forme
même en quoi consistent leur beau-
DE LA TOILETTE.
177
té. Souvent la légère membrane qui
enveloppe, leur contour, s’étend
outre mesure et cacbe ce petit cin¬
tre blanchâtre qui fait si bien res¬
sembler un bel ongle à un pétale
de rose. Cette pellicule s’enlève fa¬
cilement avec la pointe d’un cure-
ongles. Pour donner une belle cou¬
leur aux ongles, il faut chaque jour,
en terminant sa toilette, les polir
Avec une petite éponge trempée
dans un mélange de cinabre et d’é¬
meri; puis, après les avoir bien es¬
suyés, les humecter avec un peu
d’huile d’amandes amères.
Les ongles sont sujets à deux ma¬
ladies ; la sécheresse, qui les courbe
ou les fait casser, et la faiblesse qui
les amollit au point de plier au
<178 CODE
moindre contact. Dans le premier
cas', on applique, la nuit, sur leur
surface un corps gras quelconque ;
dans le second, il faut faire emploi
de la pommade fortifiante suivante :
une demi-once d’huile delentisque,
un demi-gros de sel, une parcelle de
colophane, autant d’alun, un peu
de cire vierge. On forme du tout un
cérat.
Quant aux taches blanchâtres qui
paraissent quelquefois sur les on¬
gles, etqu’Horace appelle les par¬
jures de Barine, on les dissipe en
appliquant dessus de la poix et de la
myrrhe fondues ensemble.
DE LA TOILETTE.
179
Moyens de pallier les effets de la
transpiration.
La transpiration cutanée est tan¬
tôt visible, quand, fortement ex¬
citée , elle sort des pores en gout¬
telettes aqueuses ; tantôt invisible,
mais apercevable lorsque l’on pose
la main sur une surface plane quelle
ternit à l’instant. On nomme cette
action transpiration insensible :
c’est par elle que se dégagent conti¬
nuellement du corps, sous forme
liquide ou. gazeuse, les matières
dont il lui importe de se débarras¬
ser. A. leur sortie, ces matières ex¬
crétées sont dissoutes par l’air, ou
absorbées par les vêtements. Les
accidents les plus graves se décla¬
rent aussitôt que cette transpiration
se trouve arrêtée.
Pour que l’économie retire de la
transpiration tous ses avantages , il
faut que celle-ci soit favorisée par
des soins continuels de toilette ,
par des bains réguliers et le fré¬
quent changement de linge.
La transpiration contenant des
principes acides, il en résulte,
lorsqu’elle est ordinairement abon¬
dante , quelques inconvénients.
Elle détruit complètement les cou¬
leurs , celles de la soie surtout, et
parfois elle exhale une odeur dés¬
agréable.
Une extrême propreté est le seul
remède a l’aide duquel on puisse
TOILETTE.
481
combattre cet inconvénient. Il faut,
soir et matin , s’essuyer le dessous
des bras avec un linge très-sec ou
une flanelle fine. Les bains, en fa¬
cilitant la transpiration générale,
diminuent celle des parties où elle
se porte de préférence et lui enlè¬
vent toutes ses qualités âcres; on
peut encore saupoudrer le soir ,
avec de la poudre sècbe d’iris de
Florence, les parties qu’affectionne
la transpiration. La poudre d’alun
brûlé convient au même usage,
mais son odeur est loin d’être aussi
agréable.
En terminant cette nomencla¬
ture , trop succincte sans doute, de
quelques-uns des cosmétiques qui
conviennent le plus généralement,
16
182 CODE DE LA. TOILETTE.
nous répéterons encore cet apho¬
risme dont tout notre livre ne sera
que le développement : l’ame de la
toilette est une exquise propreté.
La meilleure odeur est de n’en pas
avoir ; et l’on ne doit faire usage
des cosmétiques, même les plus
simples, que lorsque quelque né¬
cessité y oblige.
APPLICATIONS.
APPLICATIONS.
Jitfïritations eut* la iiloïrc.
La mode est la l’eine du monde !
Qui dispense à son gré les ré¬
putations, la fortune, l’esprit, les
honneurs , l’honneur même ? la
mode.
G’est elle qui, sous vingt noms,
différents comme ses caprices, crée,
détruit, élève ou renverse les em¬
pires et les coiffures, les constitu¬
tions et la coupe des habits.
Il semble que ce soit pour lui
servir de devise qu’ait été écrit le
« pro ratione voluntas. »
« C’est la mode ! » ce mot répond
à tout : soumise a sa magique in-
16 .
186 CODE
fluence , la France se montra tour
à tour théâtrale sous Louis XIV,
libertine sous le régent, économiste
sous Turgot, passive sous Bona¬
parte , patiente sous Louis XVIII,
et la voilà qui, depuis quelques
mois , prend enfin une allure con¬
stitutionnelle.
Jadis les hommes à la mode for¬
maient une classe dans la société.On
était alors hommeàla mode comme
on est aujourd’hui dilettante, ro¬
mantique , gastronome ; c’était une
spécialité, une sorte de profession
morale.
De brillantsavantagesphysiques,
une fortune considérable, quel¬
que aventure d’éclat , mettaient
d’abord un homme à la mode. Dès-
DE LA TOILETTE. 487
lors il pouvait tout se permettre.
Ce qui, dans un autre, eût été re¬
gardé comme de la fatuité, de l’im¬
pudence , passait chez lui sur le
compte de l’aplomb, de la con¬
science de son mérite. Du reste
l’esprit, l’élégance, la grâce, étaient
indispensables à l’homme à la mo¬
de ; à lui permis d’avoir tous les
vices , pourvu qu’il les cachât
sous un vernis charmant d’élé¬
gance et de bon ton. Aujourd’hui
le type est perdu : tant mieux,
dit la morale ; tant pis, répond le
plaisir.
On confond trop souvent la mode
avec la gloire ; il est vrai que rien ne
se ressemble davantage, et que l’on
pourraitles croire soeurs. Telgéné-
188 CODE
ral a une grande renommée, qui n’a
j amais commandé sans faire quelque
école ; tel professeur acquiert de la
célébrité, grâce à la persécution
bien plus qu’à son talent; voyez-les
entrer dans un salon, se mettre en
évidencepar quelque démarebesans
danger, leur nom éclate et retentit.
C’est la mode qui le proclame; leurs
amis disent que c’est la gloire.
Il y a presque toujours dans nos
salons un sujet de conversation à la
mode, comme un air favori et une
pièce.en vogue. Après la révolution
il était très comme il faut de dé¬
plorer les excès, et d’en avoir été
victime. Sous l’empire, on faisait
des vœux pour nos gloires , et des
imprécations contre le léopard an-
DE LA TOILETTE.
189
glais ; aujourd’hui, il est de bonne
compagnie , au faubourg Saint-
Germain, de dire deux mots de son
indemnité, de gémir sur la persé¬
cution du clergé, ou de renverser le-
trône du Grand-Turc. Ces plaisirs
sont fort innocents ; seulement les
conversations, comme les robes et
les habits, paraissent toutes taillées
sur le même patron.
Au reste, comme tous les tyrans,
la mode n’exerce entièrement son
pouvoir que sur ceux qui sont trop
faibles pour lui résister. Sans heur¬
ter de front ses arrêts, on peut les
accommodera sa guise ; avant d’être
mis à la mode, il faut être bien mis ;
l’homme de goû t pare ce quilporte,
bien plutôt qu’il ri’en est paré; et la
190 CODE
mode , en pliant devant sa conve¬
nance ou son caprice, acquiert
preque toujours plus de grâce et
d’agrëinent.
Si l’on recherchait dans les an¬
nales de la mode toutes les bizar¬
reries , les sottises, les ridicules
qu’elle a fait peser sur l’espèce hu¬
maine, on serait j été dans un étrange
étonnement. Source des plus gran¬
des choses comme des plus misé¬
rables excès, elle a de tout temps
été l’arme la plus puissante entre
les mains des gens assezhabilespour
la diriger. Il n’est pas de choses si
risible ni si cruelle qui n’ait eu son
temps de vogue. Sous Louis XIV,
la musique de Rameau et les em¬
poisonnements étaient à la mode.
TOILETTE.
191
DE LA
Dans le bon temps, lorsque ma¬
dame de Pompadour traçait un
plan de campagne avec du rouge
et des mouches, Paris était peuplé
de femmes à la mode : aujourd’hui
on en voit fort peu. L’épithète de
femme à la mode, qui était alors
un galant compliment, courrait
même grand risque d’être prise
pour une injure par une honnête
femme : ce n’est pas que la prude¬
rie soit devenue plus commune, ôn
a seulement donné une autre direc¬
tion au stentiment des convenances :
nous avons des femmes célèbres
et des femmes poètes.
C’est à Paris que la mode semble
avoir placé le siège de son empire.
Les théâtres, les promenades, les
4 92 CODE
vêtements, les personnages, la po¬
litique , la littérature , les événe¬
ments, tout y est jugé sous son in¬
fluence. Rendons toutefois justice à
l’équité presque constantede ses ar¬
rêts : le public parisien se laisse ra¬
rement décevoir, et les réputations
auxquelles il donne son suffrage
sont toujours basées sur un grand
mérite ou un véritable talent. Au
reste, si la mode commet'parfois
quelques méprises , elle en fait
promptement justice : c’est une
vieille coquette qui se peut trom¬
per, mais à qui son inconstance
fait bientôt réparer son erreur.
TOILETTE.
195
DE LA
3D?0 fiîaing.
De tous les soins qu’exige la toi¬
lette , le plus simple, le plus agréa¬
ble , le plus naturel, le bain est
aussi celui qui exerce une influence
plus immédiate et plus constante
sur la santé.
Sans remonter, pour prouver ses
vertus, à la vigueur et à la longé¬
vité des peuples anciens, on doit
être frappé de cette vérité, que les
peuples qui, par culte ou par ré¬
gime, font du bain un usage plus,
fréquent, l’emportent sur les autres
en beauté physique. C’est à leur
>194 CODE
emploi journalier que les femmes
de l’Orient doivent, outre cette sou¬
plesse de formes , cette délicatesse
de peau qui les distinguent, l’avan¬
tage de se livrer sans danger aux
douceurs d’une vie molle et oisive.
Du temps, regrettable peut-être,
où des législateurs et des sages
étaient seuls pasteurs df hommes ,
comme dit La Fontaine, l’usage du
bain était placé en première ligne
parmi les devoirs religieux et so¬
ciaux : de là les eaux lustrales, les
immersions , les ablutions , aux¬
quelles chacun s’empressait de se
soumettre : aujourd’hui, ce ne sont
plus les lois et la religion qui com¬
mandent l’usage des bains, mais
seulement l’hygiène et la coquet-
TOILETTE.
195
DE LA
terie ; heureusement, sous ce rap¬
port, leur puissance est suffisante,
et l’intérêt personnel commande
assez fortement de se conformer à
leurs impérieux conseils.
L’impression de bien-être que
fait éprouver le bain, suffit en effet
pour en foire apprécier les bienfai¬
santes vertus. Il agit immédiate¬
ment sur la peau, enlève les petites
écailles de l’épiderme et en détache
l’humeur sébacée. En débouchant
les pores, il accélère la circulation,
facilite et augmente la transpira¬
tion , et procure une sorte de lan¬
gueur douce, d’agréable abatte¬
ment, qui ne manque certes pas
de charme.
Les effets du bain, toutefois, sont
19C CODE
différents, suivant le degré de cha¬
leur ou de froid du fluide; les
précautions à prendre, lorsque l’on
y entre ou que l’on en sort, diffè¬
rent aussi selon sa température.
La chaleur distend et raréfie tous
les corps ; le froid les resserre et les
condense. Le bain froid, celui dont
la température n’excède pas douze
à quinze degrés au-dessus de zéro ,
du thermomètre de Réaumur ,
comprime d’abord la surface du
corps, crispe légèrement la peau,
comprimé les vaisseaux sanguins,
et condense les fluides qui y cir¬
culent. Mais bientôt la chaleur in¬
testine réagit, repousse l’action du
froid, rend la circulation plus vive,
plus forte, et redonne à toutes les
DE LA TOILETTE. 197
fonctions une plus grande énergie.
Le bain froid est donc tonique ,
et, augmente la chaleur intérieure :
mais il faut que l’immersion soit
subite et complète. Il est dangereux
d’entrer lentement dans l’eau froi¬
de; lorsque l’on n’y pénètre que gra¬
duellement, le froid des extrémités
inférieures refoule la chaleur vers
les organes plus élevés. En géné¬
ral le bain froid , favorable à la
jeunesse dont il fortifie le tempé¬
rament , ne convient pas à la
vieillesse, aux constitutions fai¬
bles , ni aux poitrines délicates ,
parce que, la réaction ne pouvant
s’opérer, la chaleur ne se rétablit
que difficilement dans les parties
saisies d’abord par le froid.
17 .
CODE
A tout âge, lorsque l’on veut
prendre un bain froid, il faut
que le corps soit reposé, que la
transpiration ne soit pas exaltée par
la marche ou le travail, que la di¬
gestion soit complètement opérée.
Lorsque l’eau courante esta une
température assez élevée, on peut
y demeurer , sans inconvénient,
une demi-heure ou trois quarts
d’heure ; douze à quinze minutes
suffisent lorsqu’elle est plus froide.
A la sortie du bain , il faut s’es¬
suyer et se frotter le corps, pour
enlever l’humidité, et pour débar¬
rasser la peau des parcelles qui err
ont été détachées par l’action de
l’eau.; Si l’on se sent refroidi, on
rappellera la chaleur en se frottant
DE LA TOILETTE. 199
le corps , et particulièrement la
poitrine, avec un spiritueux ; on se
rhabillera promptement, et on fera
un exercice modéré pour rétablir la
transpiration.
Quoique le bain froid aiguise
l’appétit, il est prudent de s’abs¬
tenir de manger immédiatement
en en sortant, parce qu’alors la
chaleur, se reportant du centre aux
extrémités, laisse les organes di¬
gestifs dépourvus d’une partie de
la force dont ils ont besoin pour
s’acquitter de leurs fonctions.
Les bains froids conviennent peu
aux personnes habituées à une vie
molle et sédentaire ; elles ne de¬
vraient en prendre qu autant qu’ils
leur seraient prescrits.
/ ;
200 y' CODE
Comme cosmétiques, ces bains
ne conviennentqu’aux femmesd’un
tempérament sanguin , ou douées
d’une sorte d’embonpoint, ils sont
en général nuisibles aux femmes
sveltes ou disposées à la maigreur;
ils resserrent d’ailleurs la peau et
la rendent écailleuse.
Tant que dure la belle saison ,
les divers bains d’eau courante, ou¬
verts à Paris , sont très-fréquentés.
Il est même de bon ton parmi les
jeunes gens de paraître chaque jour
à l’école de natation établie au bas¬
sin du Pont-Royal. Le costume,
pour les babiles nageurs , se com¬
pose du caleçon de couleur tran¬
chante et de la calotte grecque.
Les bains chauds relâchent et
ramollissent les fibres, augmentent
la transpiration, la rétablissent
même lorsqu’elle est supprimée.
Leur usage est extrêmement salu¬
taire, il faut le régler cependant
sur l’état de la santé : l’âge doit
en déterminer surtout l’emploi ;
les bains trop fréquents affaiblis¬
sent, épuisent, prédisposent aux
rhumes, et à la longue altèrent le
tempérament.
Lorsque l’on prend des bains
tièdes ou chauds, on' n’a pas besoin
d’autant’de précautions que pour se
plonger dans l’eau froide ; mais les
ménagements sontplus nécessaires à
la sortie. Après que l’on a été essuyé
avec des linges secs et chauds, puis
frictionné, il faudrait se mettre au
202 CODE
lit, y rester au moins une heure, et
ne s’exposer que graduellement à
l’air extérieur, afin d’éviter la con¬
traction subite des pores épanouis,
cause fréquente de maladies.
Malheureusement nos établisse¬
ments de bains sont sous ce rapport
fort imparfaits 3 l’air des cabinets
y est lourd, chaud et humide ; on
n’y trouve point de lits , pas même
de salon où l’on puisse se reposer,
calmer l’agitation produite par le
bain, et respirer un air tempéré.
On est immédiatement forcé de sor¬
tir et de s’exposer à l’air extérieur ;
on se remet à marcher; on transpire
ou on se refroidit, et ces deux acci¬
dents sont également nuisibles à la
santé.
DE LA TOILETTE.
205
En règle générale, il faut se re¬
poser avant le bain froid et après le
bain chaud.
Les femmes doivent faire un très-
fréquent usage des bains chauds ;
l’eau, attiédie à un degré égal à peu
près à la température du lait nou¬
vellement trait, pénètre la fibre ,
la détend, l’assouplit, et donne à
tout le corps, pour ainsi dire im¬
bibé , ce vernis de fraîcheur, cet
embonpoint rosé qui àjoute tant de
charmes à la beauté même.
Notre intention n’est pas d’entrer
ici dans le détail des différentes
espèces de bains cosmétiques que
chacun apprête selon son caprice ou
son goût : quelques gouttes d’eau
de Cologne ou d’eau de cerises,
204 CODE
ajoutées à l’eau , ne peuvent qu’a¬
voir un effet favorable. En Alle¬
magne on a coutume de jeter dans
la baignoire , au moment où on ré¬
pand l’eau cbaude, quelques poi¬
gnées de mélisse, de thym et de
lavande ; la vapeur qui s’en élève
fortifieles organes, en même temps
que les qualités amères de ces sim¬
ples prêtent au bain quelques ver¬
tus détersives ; ou doit toutefois
employer rarement le secours de
ces bains artificiels. La meilleure
manière de mitiger l’eau est d’y
jeter une quantité de pâte d’amandes
suffisante pour la troubler et lui
donner une apparence laiteuse ;
ainsi on adoucit la peau , et on em¬
pêche beau de la macérer, comme
il arrive quelquefois lorsqu’on y
reste long-temps.
Il estausortirdubain unsointrop
négligé, et cependant.bien nécessai¬
re dans l’intérêt de la conservation
de la beauté et de la santé ; ce sont
les frictions : après avoir essuyé
les parties qui, par leur conforma¬
tion, pourraient conserver de l’hu-
midité, le visage, le cou, la poitrine,
avec beaucoup de ménagement, de
peur d’altérer le tissu de la peau ,
et d’enlever, par un frottement
exagéré , le léger velouté qui la re¬
couvre ; après avoir plus fortement
frotté les articulations, il faut faire
usage de la brosse à frictionner.
Cette brosse est garnie de longues
soies blanches, assez molles pour
206 GODE
ne point compromettre la peau ,
assez élastiques en même temps
pour en faire tomber les petites
pellicules écailleuses que l’eau a
soulevées. Afin de les enlever plus
complètement, on humecte un peu
la superficie de la brosse avec une
eau spiritueuse parfumée, ou avec
une essence huileuse, si la qualité
de la peau le permet. Aussitôt la
friction terminée, il faut, si l’on ne
peut se coucher, se vêtir prompte¬
ment, et prendre un peu d’exer¬
cice ; on ressentira immédiatement
les effets de cette excellente pré¬
caution, et la peau en retirera d’in¬
appréciables avantages.
Si la toilette exige que les soins
de propreté soient mis en rapport
avec l’âge, le sexe, le tempérament,
l’hygiène veut aussi qu’ils diffèrent
selon les climats, les saisons, les
températures.
Dans les climats chauds,la trans¬
piration presque continuelle di¬
minue considérablement la partie
lymphatique du sang. Des bains à
un degré inférieur à celui de l’air
atmosphérique y sont nécessaires,
pour introduire dans les pores une
quantité d’eau qui rétablisse l’équi¬
libre dans les humeurs, et calme
leur effervescence habituelle.
Dans les climats très-froids , les
bains de vapeurs doivent exciter la
transpiration toujours lente et rare.
Dans les régions tempérées, des
bains tièdes sont utiles pour net-
CODE
loyer la peau, détacher de l’épi¬
derme les molécules émanées du
corps, et faciliter la sortie de celles
qui doivent leur succéder.
Dans les temps très-secs, on peut.
se baigner fréquemment ; dans les
temps humides, les frictions sèches
sont plus convenables.
Aux précautions que nous avons
indiquées, il faut en ajouter une
non moins essentielle , et cepen¬
dant presque toujours négligée >
c’est de ne pas remettre au sortir
du bain la chemise ou le gilet de
flanelle que l’on portait avant d’y
entrer, % moins que l’un ou l’aur
tre n’ait été porté que quelques
heures. Sans cette précaution, les
pores très - ouverts résorberaient
DE LA TOILETTE.
209
bientôt. les émanations antérieures,
et reporteraient dans la masse des
humeurs les parties dont elles se
seraient débarrassées.
Mais parfois les localités, la con¬
venance, ou toute autre cause,: s’op¬
posent à ce qu’on puisse prendre
des bains entiers ; on doit alors y
suppléer par des lotions générales
ou particulières, à l’eau tiède ou
froide, selon,la saison; elles ne
peuvent procurer tous les résultats
hygiéniques du bain, mais elles
suffisent du moins pour entretenir
la peau et enlever de l’épiderme le
résidu de la transpiration..
En terminant ce chapitre, il nous
reste à recommander à nos lecteurs
un établissement dont le succès at-
18 .
CODE
210
teste l’utilité : nous voulons parler
des thermophores , ou bains à do¬
micile. Grâce à cette entreprise,
qui a maintenant des bureaux dans
tous les quartiers de Paris, on peut,
à toute heure, prendre commodé¬
ment chez soi des bains dont aucun
inconvénient ne vient entraver les
effetssalutaires.Une remarque, tout
à l’avantage desprogrès que fait cha¬
que jour chez nous l’amour de la vé¬
ritable toilette, doit clore cette série
de renseignements.Paris, qu i comp¬
tait à peine cinq ou six maisons de
bains il y a une quarantaine d’an¬
nées , en possède aujourd’hui plus
de cinq cents.
DE DA TOILETTE.
•21 'I
2D*0 passante.
On pourrait juger un homme,
rien qu’à faire l’inspection de sa
garde-robe. Son caractère , ses-
goûts,ses penchants,se trouveraient
révélés par le choix, la couleur, la
coupe de ses habits, par leur état,
surtout, de soin ou de négligence.
Il y a de ces traits caractéristiques,
en toilette, que tout l’art du tail¬
leur , toute la vigilance du valet de
chambre , ne sauraient prévoir ni
empêcher. L’habitude de la ré¬
flexion, en inclinant la tête, fait
grimacer le collet ; la nonchalance
212 CODE
élime d’abord les coudes etles reins
du frac ; la fierté qui porte la tête et
le buste redressés, la bigoterie à la
mine oblique,l'activité, l’exaltation,
la paresse, l’amour, se trahissent
chacun à des signes certains. Enfin
l’habit a une physionomie, un ca¬
ractère., un physique, un.moral.
Deux célèbres observatëurs ont
prétendu trouver une grande ana¬
logie entre les traits de la figure, les
bosses de la tète, et les dispositions
morales des humains, les gens qui,
prosélytes; du spirituel Hoffman,
voient partout des paradoxes, ont
attaqué vigoureusement les systè¬
mes de Lavater. et de Gall. Ils ont
soutenu que quelques faits, ingé¬
nieusement présentés, ne devaient
DE LA TOILETTE.
215
laisser à leurs auteurs que la gloire
d’avoir trouvé une nouvelle ma¬
nière de dire la bonne aventure,
plus en rapport avec les progrès
de la civilisation que celle des Bo¬
hémiens métoposcopistes ou chiro-
mantistes; mais, en dépitdupyrrho¬
nisme , les travaux des deux savants
n’ont pas été sans une grande uti¬
lité , et la science physiognomoni-
que a fait des adeptes, dont les
rangs deviennent plus nombreux
chaque jour.
C’est à ces graves esprits que nous
no us adressons auj ourd’hui ; le sys¬
tème que nous leur exposons est le
fruitdes longues recherches d’un de
nos amis , intrépide lecteur des ou¬
vrages de Cardan et Porta, qui se
214 CODE
flatte d’avoir trouvé le moyen infail¬
lible et facile de deviner la profes¬
sion de tous les gens qu’il rencontre,
à leur maintien, à leur tournure,
à leur habitude de corps.
Un homme mesurç de l’oeil l’ha¬
bit , le gilet, le pantalon des pas¬
sants ; examinez vous - même sa
mise: des couleurs tranchées, dis¬
parates, de l’exagération dans l’ob¬
servation de la mode ; les genoux
en dehors, la chaussure et le cha¬
peau négligés. C’est un tailleur ; il
va rire de pitié de la maladresse de
quelque confrère.
Un autre, les yeux fixés à terre,
se heurte à tout moment contre les
voitures : c’est un bottier qui exa¬
mine la chaussure de nos élégants;
DE LA TOILETTE.
215
reconnaissez - le à ses coudes en
pointe. Si ses yeux s’attachaient aux
formes évasées des chapeaux, ce
serait à coup sûr un chapelier ; ses
mains attesteraient son état, autant
au moins que l’enseigne de sa bou¬
tique , au Temple du Goût.
Ne craignez pas que celui qui
s’approche si près de vous et de la
dame que vous accompagnez n’en¬
lève votre chaîne de montre , vos
bagues ou vos diamants ; c’est tout
bonnement un bijoutier : il est
fort intrigué de savoir si le métal
en est pur, si les pierres sont pré¬
cieuses, si les perles ont été pêchées
dans le golfe Persique, ou bien au
cap Cormoran.
Voilà un homme à figure blême ;
216 COBE
sa toilette est assez soignée quoique
raide et compassée ; il marmotte des
paroles en calculant le jeu des fi¬
bres de toutes les figures.C’est l’Es-
culape du quartier. Il s’attache à dé¬
couvrir en vous les signes pathogno¬
moniques de la maladie dont vous
mourrez ;• il s’amuse à supputer le
peu de jours, d’heures, de moments
qui vous restent encore à vivre.
Le gros homme court, à ventre
peu saillant, qui passe tous les jours
devantvos fenêtres à lamême heure,
qui, avec son habit méthodique¬
ment brossé, son chapeau dont
l’eau fait briller le poil un peu rare,
s’arrête deux minutes chez le bou¬
langer pour y prendre une flûte,
dont le prix croissant le fait pâlir,
LA TOILETTE.
est un employé de la Trésorerie. Sa
vie est réglée, ses habitudes prises;
il ne sait que devenir un jonjr de
fête.
Par suite de cette analogie, un
épicier s’arrête devant la boutique
d’un épicier ; il vous dira, au be¬
soin, combien il y en a dans Paris,
dans chaque quartier de Paris,
dans chaque rue de Paris. Le pein¬
tre reste deux fois plus long-temps
qu’un autre à la porte d’un mar¬
chand d’estampes ; dès qu’il a dé¬
couvert une fauté dans une gra¬
vure , dans un tableau, il continue
joyeusementsa route.
En entrant dans un bal public,
à Paris, à Sceaux, à Montmorency,
un maître de danse se pavane, et
49
CODE
fait un entrechat mental qui l'en¬
tretient dans l’idée que les gens
qu’il voit n’ont pas le sens com¬
mun. Enfin il n’y a pas jusqu’à
nos poètes de circonstance, nos fai¬
seurs de vaudevilles et de mélo¬
drames (je parle de ceux qui les
font mauvais), qui ne se laissent
reconnaître à l’air distrait .du gé¬
nie, au ton capable du savant, à la
démarche affectée de l’homme en
place.
De même que l’homme d’esprit
se garde, dans sa conversation, de
prendre pour texte ce qui a rapport
à ses intérêts, à sa profession , à ses
habitudes ou à celles de son inter¬
locuteur ; dans sa toilette, dans sa
démarche, dans ses manières, il
TOILETTE.
219
évite de se trahir. Aujourd’hui le
médecin ou l’avocat qui s’attache¬
rait à paraître toujours grave et vê¬
tu denoirseraitridicule. La toilette
offre tant de ressources, tant d’a¬
vantages, que la monotonie devient
inexcusable dans la'mise. Ces gens,
dont nous venons d’esquisser quel¬
ques traits, sont incessamment
préoccupés d’une idée fixe ; tandis
que l’homme du monde, celui qui
apprécie l’élégance et le bon goût,
sait qu’en toute chose le meil¬
leur élément de plaisir, de bon-
lieur, de succès, c’est la variété.
220
CODE
Be& Æifott x.
« Ce qui le couvre le découvre, »
dit Cervantes. d’un personnage de
son immortel roman , toujours cha¬
marré de bijoux. Il semble én effet
que l’affectation de riches parures
sollicite la critique, provoque l’exa¬
men, justifie la malignité.
De tout temps cependant on a
beaucoup aimé lesbijoux en F rance.
Les diamants, avant même le temps
où Louis de Bruges essaya de les
tailler, étaient considérés comme
la plus précieuse parure ; et quoi¬
que l’on ignorât si totalement l’art
TOILETTE.
de les monter, qu Agnès Sorel ap¬
pelait son riche et incommode col¬
lier, mon carcan, les princes se
montraient fort jaloux du privilège
de lès accaparer.
La belle et infortunée Marie
Stuart apporta la première, en
France, de très-beaux diamants;
la mode en devint aussitôt générale
à la cour ; mais elle passa avec la
jeune reine, et, soit inconstance,
soit rareté, soit plutôt respect pour
un douloureux souvenir, les di¬
verses tentatives que l’on fit pour
en remettre l’usage en vogue ne
purent réussir.
Dès les premiers jours du règne
de Louis XIV, les diamants repa¬
rurent. Le fastueux monarque en
222 CODE
parsema ses habits de fête ; la reine
en couvrit sa ceinture, les épaulet¬
tes de sa robe, l’agrafe de son man¬
teau : dès-lors la richesse et la
beauté employèrent le diamant en
cent galantes façons ; les aigrettes ,
les bracelets, les bagues, en furent
ornés, et jusqu’aux jours où notre
révolution se prépara, leur vogue,
basée sur un luxe et un goût, de
toilette bien entendus, se soutint.
La mode a prêté tour à tour son
prestige et son appui à différentes
parures : l’acier, les perles, les
pierres de couleur, les cheveux,
les pastilles du sérail, les antiques,
montés avec art et élégance , ont
brillé sur la. scène et dans les sa¬
lons ; mais le diamant n’a jamais
TOILETTE.
225
perdu son prestige ni son prix, et
quoique la chimie, après tant d’ef¬
forts infructueux , soit parvenue à
produire une pierre fausse aussi
belle, aussi pure que le diamant,
celui-ci reste encore le plus riche
ornement d’une toilette d’apparat.
Les hommes aujourd’hui portent
fort peu de diamants : ce n’est guère
que lorsque l’on est marié, posi¬
tivement établi dans le monde ,
qu’il est permis d’avoir un beau so¬
litaire ou une épingle de prix. C’est,
laperfection du travail bien plus que
la richesse de la pierre qui fait lé
prix de l’épingle, ou plutôt du bou¬
ton qui retient les plis de la che¬
mise du jeune homme; et, en fait
de bague, il ne peut se permettre
224 CODE
qu’un de ces larges anneaux ciselés
que lés Anglais ont mis a la mode
depuis une dizaine d’années.
On doit ranger là montée au
nombre des bijoux * Car elle est de
tous , sinon le plus brillant $ du
moins le plus utile. Les progrès
immenses qu’a faits de noS jours
l’horlogerie, permettent dë se pro¬
curer en ce genre, à un prix très-
modéré, un meuble précieux. La
profusion de chaînes, de cachets,
atteste peu de goût. Une gourmette
solide, une simple clef avec son ca¬
chet, modèles gothiques, sont très-
élégants. La montre se porte dans la
poche gauche du gilet Ou dans le
gousset. Son épaisseur ne doit pas
dépasser celle de deux pièces de
cinq francs. Lés femmes Senles font
usagé de montres à boîtes émailléés.
L’or simple, un mouvement sur
pierre fine, sorti dés mains de Bre-
guet ou dé Leroi, suffit a la ville ;
pour la campagne on a une montre
à recouvrement, dite montre de
chasSe.
La lorgnette de spectacle ne
comporte d’autre luxe que sa bonté.
L’ivoire et le vermeil en font tous
les frais, et c’est dans la finesse des
verres que consiste tout son mérite.
En s’adressant à MM. Lerebours ou
Chevalier, on est sûr d’avoir une lor-r
guetté achromatique * aussi bon-
* A privatif, chrome couleur, qui rend les
images plus nettes en corrigeant la réfran¬
gibilité dés rayons.
22 G
CODE
ne,qu’élégante dans sa simplicité.
Une mode, née sous l’empire, au
moment où il était de bonne com¬
pagnie d’avoir de mauvais yeux,
s’est maintenue, on ne saurait trop
dire pourquoi : c’est celle du lor¬
gnon. Lorsqu’on le porte, il faut
laisser du moins supposer que c’est
par nécessité; il doit donc être de
la plus grande simplicité ; toute re¬
cherche , en tendant a en faire un
ornement, prêterait au ridicule.
Quant aux lunettes, secours des
mauvaises vues, recours des vilains
yeux, l’écaille à fines branches d’or
en fait tous les frais ; il n’est permis
qu’aux yeux louches ou privés de
cils de porter des verres azurés.
On peut, ce nous semble, sans
TOILETTE.
227
DE LA
blasphème, donner place parmi les
bijoux à ces précieux hochets qui
trop souvent suffisent aux souve¬
rains pour payer les services rendus
à l’état; aces décorations,dontMon-
taigne dit : « C’est une belle in-
« vention, et reçue en la plupart
« des polices du monde, d’établir
« certaines marques vaines et sans
« prix, pour en honorer et récom-
« penser la vertu, comme sont les
« couronnes de laurier, de chêne,
« de myrte; la forme de certains
« vêtemens ; le privilège d’aller en
« coche par la ville, du de nuit
« avec flambeaux; quelques assiet.-
« tes particulières aux assemblées
« publiques; la prérogative d’au-
« cuns surnoms et titres certains
CODE
228
« marques aux armoiries et choses
« semblables ; de quoi l’usage a été
« diversement reçu suivant l’opi-
« nion des nations, et dure encore.
« Nous avons pour notre part, et
« plusieurs de nos voisins, les or-
« dres de chevalerie qui ne sont
« établis qu’à cette fin, etc. »
Nous n’entreprendrons pas de
parler des diyers ordres de chevale¬
rie qui subsistent encore en Eu¬
rope ; la décoration de la Légion-
d’Honneur, la croix de Saint-Louis,
qui ont obtenu une si noble et si
juste célébrité, doivent seules nous
occuper ici, car leurs insignes doi¬
vent briller à la boutonnière d’un
grand nombre de ceux à qui s’a¬
dresse notre petit livre.
DE DA. TOILETTE. 229
Le ruban rouge, qui se porte en
costume de ville à la première bou¬
tonnière de droite de la. redingote
ou de l’babit, peut être attaché ou
cousu d’une boutonnière à l’autre,
ou bien encore passé dans la bou¬
tonnière , retenu en-dessous, et vi¬
sible seulement à son extrémité.
Plus ordinairement, en négligé, on
noue simplement le ruban autour
de la boutonnière en laissant les
deux pointes venir en avant.
En règle générale, on ne porte
les croix qu’en uniforme. Cepen¬
dant en tenue de bal, de soirée, on
attache les croix à la boutonnière
de l’habit bourgeois après une pe¬
tite brochette d’or.
Il nous reste un mot a dire sur le
20
250 CODE
soin qu’exigent les bijoux. On doit
les serrer dans un meuble à l’abri
de toute humidité. Si par quelque
contact ils se ternissent, on les net¬
toie en les frottant avec une peau
blanche. Les bijoux d’acier deman¬
dent plus de soin que tous les au¬
tres. Une fois rouillés ils ne peuvent
recouvrer le poli ni l’éclat qui seuls
leur donnent du prix.
TOILETTE.
251
DE LA.
3lpol0flic îre la €ot]iteltmi\
Mademoiselle de Scudéri, dans ses
Conversations morales, après avoir
ingénieusement défini la coquette¬
rie un déréglement de l’esprit, fait
venir le mot coquette de l’italien
civetta, cliouette ; elle prétend que
la cliouette attire la nuit quantité
de petits oiseaux autour d’elle, et
que par allusion on a appelé de son
nom les femmes qui s’attiraient des
adorateurs.
Ménage, en s’appuyant de Pas-
quier, trouve l’origine de coquette
dans le mot coq, et dit qu’on donna
252 CODE
les noms de coquet et coquette aux
liommes et aux femmes qui eurent
la prétention de plaire à plusieurs,
comme les coqs lorsqu’ils font l’a¬
mour à leurs poulettes.
Les anciens n’ont point connu la
coquetterie, sans doute parce que
les deux sexes étaient trop isolés
citez eux, où on ne se réunissait
guère qu en famille. Dans les fêtes
publiques en effet, dans les céré¬
monies religieuses, lès liommes et
les femmes étaient presque touj ours
séparés; on ne connaissait point
alors ce que nous appelons la so¬
ciété , ces réunions où le désir de
paraître aimable porte chacun à
faire valoir les agréments de sa per¬
sonne, les grâces de son esprit, le
DE LA TOILETTE. 255
charme de ses talens, les avantages
de son rang ou de sa fortune. On
chercherait en vain dans leurs écrits
quelqu’indice du caractère de la
coquetterie ; les poètes n’ont peint
que des femmes vertueuses et fi¬
dèles, des femmes adultères et dé¬
réglées, et des courtisanes.
Jusqu’au seizième siècle les peu¬
ples modernes ressemblèrent sous
ce rapport aux anciens, et ne laissè¬
rent apercevoir dans leurs mœurs
aucune trace de coquetterie.
Ce fut sous Cathérine de Médicis
seulement que la coquetterie prit
naissance ; c’était un caractère nou¬
veau.
Le cercle que cette princesse éta¬
blit à la cour, inspira à la noblesse
20 .
254
CODE
et à la bourgeoisie le désir d’en for¬
mer de semblables ; ce fut en quel¬
que, sorte' une révélation que l’on
pouvait trouver des agrémens et
des plaisirs liors des réunions dont
l’amitié ou la parenté étaient l’àme.
On reçut dès-lors chez soi une
personne pour son esprit, une autre
pour sa fortune, une troisième par
déférence pour son rang ; ôn con¬
sentit bien encore à en voir quel¬
ques-unes à cause de leurs qualités
ou de leurs vertus; mais le but, en
se formant une société, étant de se
divertir, d’augmenter en quelque
sorte la somme de plaisirs dont
chaque maître de maison veut
la plus grosse part, la frivolité
présida au choix de ceux qu’ont
TOILETTE.
25S
y admit sans amitié, sans lien
de parenté, sans amour. Les deux
sexes ainsi réunis n’auraient eu
qu’une conversation froide et in¬
signifiante, si le penchant natu¬
rel qui les harmonise l’un à l’au¬
tre , n’eût également agi sur les
coeurs; il porta les hommes à ne
pas voir avec indifférence des fem¬
mes dont la bienveillance se colo-
raitqiour eux des dehors de l’ami¬
tié ; obligés à moins de retenue
qu’elles, ils crurent devoir donner
à leur politesse toute l’apparence
de l’amour. Le langage des femmes,
quoique réservé, fut aimable et pi¬
quant, parce que la grâce dont, la
nature les a douées perce toujours,
même à leur insu, dans leurs dis-
256 CODE
cours comme dans leurs actions :
celui des hommes fut vif, spirituel,
parce que, ne pouvant dissimuler
qu’ils connaissaient l’amour, ils se
seraient voués au ridicule en fei¬
gnant la naïveté, pardonnable à
peine à l’ignorance, Cependant les
femmes reconnurent qu’il y avait
plus de flatterie que de sentiment
dans les hommages qu’on leur ren¬
dait ; elles sentirent le danger de se
montrer sensibles à des adulations
intéressées , mais ces adulations
leur plaisaient trop pour que leurs
belles résolutions de résistance pus¬
sent être de longue durée; alors l’es¬
prit, toujours fidèle a les servir, l’es¬
prit inné chez elles avec la malice r
vint k leur secours et leur offrit let
TOILETTE.
257
plus puissant auxiliaire, la coquet¬
terie.
Par imitation de la cour, toutes
les femmes devinrent bientôt co¬
quettes. Brantôme nous apprend,
dans le panégyrique de Catherine
de Médicis, que cette reine avait à
sa suite trois cents filles ou dames
d’honneur, dont la douce occupa¬
tion était de séduire et de fixer près
dé leur souveraine les seigneurs
étrangers et nationaux. Suivant lui,
habiles et gracieuses comme les
nymphes d’Armide, elles réussis¬
saient si bien dans leurs décevantes
entreprises, que l’on disait de la
cour de France : « C’est le paradis
de la terre. » Quelques auteurs ont
prétendu quela politique Catherine
258
CODE
avait tiré parti de cette brillante et
nouvelle sorte de gardes-du-corps;
si l’on en croit leurs accusations,
les dames de la cour lui révélaient
les secrets des captifs quelles te¬
naient dans leurs fers : la chose est
possible, mais certes la faute en est
plus à l’insidieuse princesse qu’à
la complaisante coquetterie de ses
aimables agents diplomatiques.
Quoi qu’il en soit, nulle cour ne
s’était, d’après les chroniqueurs,
montrée aussi brillante, aussi ai¬
mable, que celle de Henri II; la
cour de Charlemagne même lui fut,
disent-ils, inférieure : « Car cet em-
« pereur-roi ne donnait à ses dames
« que deux ou trois tournois par
«an; et., après chaque tournoi,
« comtes, chevaliers, paladins, re-
« tournaient dans leurs châteaux;
« Charles n’ayant pas près de lui,
« comme Catherine, un cercle où
« la beauté, l’esprit et les grâces
« fussent en rivalité , pour domp¬
te ter les courages et soumettre les
« cœurs. »
Nous allons peut-être bien éton¬
ner les femmes, en leur disant qu’il
leur est plus facile de demeurer fi¬
dèles que coquettes ; leur surprise
cessera quand nous expliquerons ce
que l’on doit entendre par la co¬
quetterie, dans l’acception vérita¬
ble du mot.
La coquetterie est le triomphe
perpétuel de l’esprit sur les sens ;
une coquette doit inspirer l’amour,
240 CODE
saris j amais l’éprouver ; il faut qu’elle
mette autantde soin à repousser loin
d’elle ce sentiment, qu’à le faire
naître chez les autres ; elle contracte
l’obligation d’éviter jusqu’aux ap¬
parences d’aimer, de crainte que
celui de ses adorateurs qui passerait
pour préféré, ne fut regardé comme
plus heureux par ses rivaux ; son
art consister leur laisser continuel¬
lement concevoir de l’espérance,
sans leur en donner ; une coquette
enfin , ne peut avoir que des capri¬
ces d’esprit. Or, nousledemandons
aux dames ; est-ce donc chose si fa¬
cile que de soumettre les besoins du
coeur aux jouissances de l’esprit?
Un mari, s’il est répandu dans le
monde, doit désirer que sa femme
TOILETTE.
241
soit coquette ; ce caractère assure
sa félicité ; mais il faut, avant tout,
que cemari aitassez de philosophie
pour accorder à sa femme une con¬
fiance illimitée. Un jaloux ne peut
croire que sa femme reste in¬
sensible aux efforts constants que
l’on tente pour toucher son coeur ;
il ne voit dans les sentiments qu’on
lui porte, qu’un larcin fait à sa
tendresse pour elle. De là beaucoup
de femmes qui n’auraient été que
coquettes, par l’impossibilité de
l’être, deviennent infidèles ; caries
femmes aiment les hommages , les
flatteries, les petits soins ; le monde
n’attache pas un assez grand prix
aux sacrifices qu’elles peuvent faire
à leur vertu, pour qu’elles ne satis-
21
242
CODE
fassent pas ce goût de leur vanité.
A ceux qui crieraient au para¬
doxe, et qui nieraient que la coquet¬
terie fût réellement une qualité de
l’esprit, imposant la cliasteté aux
sens, nous citerons Labruyère :
« Une femme, dit-il, qui a un ga¬
lant , se croit coquette ; celle qui en
a deux, ne se croit que coquette. »
Abusons-nous moins du nom de
coquette qu’on ne faisait du temps
de Labruyère? nous appelions co¬
quette une jeune personne, une
femme, qui aime la toilette pour
s’embellir seulement aux yeux d’un
mari, d’un amant.
Nous appelons encore coquette
une femme qui est soumise à la
mode, sans remarquer que souvent
DE LA TOILETTE.
245
chez elle il n’y a aucune intention
de plaire, quelle obéit uniquement
aux exigences de son rang et de sa
fortune.
Enfin, nous appelons coquettes
des femmes qui passent d’un atta¬
chement à un autre ; et, par un
même abus de ce mot, on entend
dire tous les jours, que Ninon était
la reine des coquettes , par des per¬
sonnes qui ont ri du billet k La
Châtre. Boileau prétend que , deson
vivant, Paris ne comptait que trois
femmes fidèles :1e trait du satirique
n’est ni de bon goût ni de bon sens ;
il eût pu dire avec plus de raison,
qu’on n’y pourrait citer trois fem¬
mes véritablement coquettes. Le
dictionnaire devrait substituer ga-
244
CODE
lanterie et galant à coquette et co¬
quetterie.
Mais si la véritable, l’innocente
coquetterie, devient chaque jour
plus rare, la faute n’en est-elle pas
auxhommes : préférantaujourd’hui
les sensations aux sentiments, ils se
lasseraient bientôt d’une coquette
qui ressemblerait à celles de Médi-
cis, ou à la Clarisse de mademoiselle
de Scudéry ; on comprend à peine
aujourd’hui, au théâtre, ces rôles de
coquettes que les auteurs comiques
ont peints cependant d’après nature ;
ce caractère n’est plus maintenant
qu’une idéalité. Excusons toutefois
les femmes ; il est naturel que, con¬
vaincues de l’impossibilité de se
faire un cercle de chevaliers de Ves-
LA TOILETTE.
245
pérance, elles aient dédaigné un
caractère quineleurpouvaitréussir.
Combien nous devons regretter
la coquetterie ! si elle venait à s’em¬
parer des femmes, quel changement
précieux dans nos moeurs. Nos pe¬
tits - maîtres, que la certitude des
succès rend suffisants, au point de
négliger d’être aimables, s’étudie¬
raient, alors à le devenir; le ton,
les manières, les discours acquer¬
raient un charme qu’ils ont à peu
près perdu ; on verrait revenir ces
brillantes réunions dont le désir
mutuel de plaire faisait le charme
et l’essence; on reverrait cette fleur
de politesse, ce doux mensonge qui
imite l’amour et la constance, dans
la crainte del’insuccès ; peut-être se
21 .
trouverait-il de ces coquettes qui
brillèrent sous Louis XIII et son
successeur, de ces femmes qui ne
sebornaientpas à s’efforcerde plaire
et desefaireaimer par les agréments
de leur personne et de leur esprit,
mais qui avaient encore l’ambition
d’inspirer àleurs adorateurs des sen¬
timents élevés : les hommes alors
écouteraient encore la raison en
croyant ne prêter l’oreille qu’à l’a¬
mour.
Eb quoi ! va-t-on me dire, d’un
vice , ou tout au moins d’un défaut,
voulez-vous faire une vertu ! je ré¬
pondrai que, dans l’impossibilité
d’être parfaits , nous devons tâcher
d’être aimables ; si l’on ne peut con¬
cilier l’esprit de société avec la fidé-
lité en amour, il vaut mieux com¬
battre les progrès de l’inconstance
avec la coquetterie, que de la lais¬
ser dégénérer en galanterie.
La coquetterie arrête le temps
pour les femmes, prolonge leur
jeunesse , et rend durable la saison
des hommages : c’est un juste calcul
de l’esprit.
La galanterie , au contraire , pré¬
cipite la marche des ans, diminue
le prix des faveurs , et hâte le jour
où elles sont dédaignées.Résumons-
nous donc , en exprimant ce vœu
du plus profond de notre cœur :
puissent les femmes devenir chaque
jour plus coquettes !
248
CODE
(îjcmsiîifnttbns sur k €t]0tr, l’(Hé-
ganre, l’Œntretwn, et la Jôalu-
brilé ïtes îtppartrnwnts.
Nos maisons sont nos prisons,
dit un vieil adage : nous y sommes
en effet claquemurés durant les trois
quarts de notre existence; c’est, le
plus important de nos vêtemens;
nous devons donc appliquer tous
nos soins aies rendre saines etagréa-
bles.
Nos bons aïeux se logeaient dans
des maisons étroites et sombres ;
l’escalier était tortueux et grossier ;
les vitres , petites, enchâssées dans
TOILETTE.
249
DE LA
l’étain, ne laissaient pénétrer dans
les appartenons qu’un jour dou¬
teux; on ignorait l’art du parque¬
tage, et la cire ne rendait pas en¬
core luisantes les briques grossières
dont les planchers étaient recou¬
verts. Grâce à Dieu, et aux progrès
croissans del’industrie et del’amour
du comfortàble, nous n’en sommes
plus là; l’art, en touchant tout de sa
baguette créatrice, a tout embelli ;
les maisons des plus simples parti¬
culiers sont devenues commodes,
élégantes, propres surtout. Les be¬
soins de la sociabilité, en accoutu¬
mant chacun à vivre en dehors, l’a
mis aussi dans le cas de recevoir à
chaque instant une visite,"juste re¬
présaille; dès-lors une élégance mo^
250
deste et de bon goût, une propreté
continuelle, sont devenues un des
devoirs imposés par la société.
Dans le eboix d’un appartement,
la convenance, la mode, l’économie,
l'hygiène doivent être également
consultés.Si, dans la disposition du
salon, de la salle à manger, on doit
tenir compte de l’approbation des
amis que l’on aura à recevoir, les
chambres à coucher, le cabinet de
travail, la cuisine, la cave, l’office,
doivent présenter tous les avantages
possibles de commodité et de salu¬
brité.
De tous les aspec ts, le plus favo¬
rable est le levant. Les premiers
rayons du soleil purifient l’air qui
les reçoit. Le vent d’est est aussi le
TOILETTE.
251
plus sain ; désigné sous le nom
de Circius par les Gaulois, il était
pour eux l’objet d’un culte particu¬
lier; c’est cet aspect que l’on doit
préférer pour son habitation, ou du
moins pour son appartement. Vient
ensuite le sud ou midi, qui dans
nos climats tempérés est encore sa¬
lutaire; on peut y redouter en été
l’excès de la chaleur, mais il est
aisé de s’en garantir en fermant her¬
métiquement les fenêtres et les vo¬
lets : combien d’ailleurs n’est-on
pas dédommagé de ce rare inconvé¬
nient dans les autres saisons de
l’année? An printemps et en au¬
tomne on y jouit d’une douce tem¬
pérature, et même en hiver on y
éprouve un froid moins âpre qu’à
253 CODE
toute autre exposition. 11 vient de
l’ouest des vapeurs humides nuisi¬
bles à beaucoup de tempéraments ;
et le nord, qui amène un air sec et
cru, ne peut convenir qu’à certaines
complexions.
Des personnes, que le froid in¬
commode , pensent, avec un grand
feu, suppléer la chaleur du soleil ;
erreur : le feu des cheminées, com¬
me celui des poêles, ne s’entretient
qu’aux dépens de l’air respirable
qu’il absorbe et dénature; les rayons
solaires au contraire purifient l’air
et le renouvellent à la fois.
Toute habitation a plus d’un as¬
pect , et de nécessité il faut se loger
à tous ; mais on doit réserver les
plus favorables à la santé pour les
TOILETTE.
255
DE LA.
chambres à coucher, en plaçant aux
aspects moins salubres les pièces
communes et celles que l’on n’oc¬
cupe que durant le jour.
Tout le monde sait, et chacun
répète, que rien n’est plus dange¬
reux pour la santé que d’habiter
une maison nouvellement construi¬
te , et cependant, à Paris *, les
* Il ne sera peut-être pas hors de propos
de signaler ici quelques-uns des inconvé¬
nients des constructions modernes.
de moins de six étages, non compris le rez-
de-chaussée. Il en résulte que les rayons du
soleil ne baignent que les étages supérieurs.
Pour tirer meilleur parti du terrain, on élève
quatre ailes de bâtiment de trente à quarante
mètres d’élévation, autour d’une étroite cour,
sur laquelle prennent jour la presque totalité
22
2b4 CODE
boutiques sont occupées, les éta¬
ges inférieurs sont habités, avant
même que le comble soit couvert;
les plus graves accidents peuvent
être le résultat d’une semblable im¬
prudence.
Si le choix de l’emplacement où
on se propose de fixer son domicile
est important pour la santé, la dis-
des appartements. Cette cour n’est, îi pro¬
prement dire, qu’un puits profond, tou¬
jours humide. Les logements inférieurs ,
placés autour de cette enceinte étroite, sont
des espèces de Cachots où l’air et la lumière
ne pénètrent jamais.
Le rapport du Conseil de salubrité du dé¬
partement de la Seine, pour l’année 1827,
contenait à ce sujet des observations impétr¬
antes, que nous croyons utile de reproduire.
« Nous voyons de tous côtés, y est-il dit,
toilette.
DE LA
255
tribution intérieure de l’babitation
et la propreté des appartenons ne
sont pas moins essentielles.
En principe , pour être sain , il
faut qu’un logement soit élevé et
« des maisons, des murs, des passages, pren-
« dre la place des jardins ; les étages s’élè-
« vent, les cours se rétrécissent; en un mot,
« le sol parisien ne semble plus fait que
« pour recevoir des pierres entassées pour
« nous servir de prisons... L’autorité, char-
« gée de veiller au bien-être des citoyens,
« devrait intervenir par ses réglements, pour
« diriger les travaux des constructeurs, et
(( empêcher qu’une aveugle cupidité ne pré-
« pare aux habitants des villes qui, comme
« Paris, s’agrandissent chaque jour, dessour-
« ces où ils puiseront les germes de nom-
« breuses maladies, et les causes d’une mort
« prématurée, »
256 CODE
suffisamment spacieux. Dans ces
entresols si bas que la tête touche
presque au plafond, dans ces com¬
bles lambrissés, où l’on entre à
peine sans se baisser, l’air est in¬
cessamment altéré par la respira¬
tion. Les appartemens élevés sont
plus froids , il est vrai : mais , alors
que les autres abrègent la vie, ils
l’entretiennent et la prolongent.
Toute pièce où l’on couche doit
avoir un jour direct; lorsqu’il est
pris sur une autre pièce ou sur un
escalier, il ne donne pas assez d’ac¬
cès à l’air extérieur. Les alcôves,
les chambres, les cabinets obscurs,
sont malsains : la lumière est un
principe vivifiant.
Il faut nous rendre cette justice de
DE LA TOILETTE. 257
dire que nous sommes aujourd’hui
plus soigneux de la propreté de nos
maisons que ne l’étaient nos pères.
Leluxe etla magnificence des palais
de Louis XIV n’empêchaient pas
qu’ils ne fussent fort mal tenus
sous le rapport de la propreté *.
Quelques progrès cependant que
nous ayons faits, nous sommes en¬
core loin d’égaler, sous ce rapport,
les Belges nos voisins , et naguère
nos compatriotes. Pauvres ou ri¬
ches chez eux tiennent également à
* « Le Roi et Monsieur étaient habitués ,
« dès leur enfance , à la saleté de l’intérieur
« des maisons, en sorte qu’ils ne croyaient
« pas que cela pût être autrement. >; Corres¬
pondance de la duchesse d’Orléans, mère du
258 code
honneur de voir tout ce qui leur
appartient propre, soigné, luisant.
Le pavé des cheminées, le parquet
des hôtels, le marbre des palais,
sont également lavés, séchés et
frottés chaque jour; les vestibules,
les corridors, les escaliers , sont
nettoyés avec autant de soin que
l’intérieur des appartements *, et
* On raconte que l’empereur Charles-
Quint, traversant un village de Hollande ,
témoigna à un des notables du lieu le désir
de voir l’appartement de sa femme. Le brave
homme prie Sa Majesté impériale d’attendre
qu’il en ait obtenu la permission. Il court
vers sa femme, et lui dit le désir de l’empe¬
reur. Celle-ci hésite un moment, et s’écrie :
Non ! il ne voudrait pas se déchausser. (En
Hollande, les femmes ont une telle atten¬
tion à garantir leurs chambres particulières
DE LA TOILETTE.
259
cette recherche tourne également
au profit de l’agrément de la vie, et
du maintien de la santé.
Les appartements à Paris se divi¬
sent en trois spécialités : apparte¬
ments de maîtres, appartements de
ménages, logements de garçons.
Les premiers, auxquels en gé¬
néral on a sacrifié l’élégance et la
commodité du reste de la maison,
ne laissent rien à désirer. C’est là
que l’architecte s’est plu à déve¬
lopper toutes les recherches, toutes
les ressources de son talent ; il ne
s’agit pas, pour faire choix d’un ap¬
partement de ce genre, d’avoir du
goût, il ne faut que de l’argent,
de tout ce qui pourrait les salir, que le mari
n’y entre point avec ses souliers.)
260 CODE
L’appartement de l’homme ma¬
rié, jouissant d’une fortune con¬
venable, est plus difficile à choisir.
C’est en général au troisième étage
qu’on le trouve. Un salon , deux
chambres à coucher, une chambre
d’enfants , la salle à manger, l’anti¬
chambre et la cuisine le composent.
Les domestiques sont relégués dans
les combles , et souvent l’écurie est
dans une maison voisine.
Quant au logement de garçon ,
rien n’est plus commun; pas d’é¬
tage où l’on ne trouve une anti¬
chambre , un petit salon , une élé¬
gante chambre à coucber : pourvu
que le papier soit frais , les chemi¬
nées modernes, et les meubles élé¬
gants , si la femme de ménage est
intelligente , le frotteur exact, un
garçon doi t être très-bien logé.
Il est toutefois un point délicat
auquel un garçon ne saurait atta¬
cher trop d’importance , et qui,
bien qu’en dehors du logement,
ajoute ou ôte beaucoup à son prix :
c’est le choix d’une portière.
La portière est l’intermédiaire
obligé entre le garçon, sa famille ,
ses amis; c’est elle encore qui reçoit
la correspondance, qui répond aux
informations, donne les renseigne¬
ments, perçoit les loyers, congé¬
die les fournisseurs ; avec son cor¬
don , elle tient, en quelque sorte
dans ses mains, le repos de son
locataire célibataire. Il doit à tout
prix la mettre dans ses intérêts. Le
262 CODE DE LA TOILETTE,
meilleur et le plus simple moyen
pour atteindre ce but, est de choisir
sa portière pour femme de ménage.
Une fois sûre de ses gages, elle
s’initie aux petits mystères de la vie
de garçon, cesse d’être un incom¬
mode Argus, devient prodigue de
politesse, d’attentions.
Quant on réfléchit au bien, au
mal que peut faire une portière, on
ne saurait hésiter d’acheter son dé¬
vouement. Que de belles réputa¬
tions commencées par les panégy¬
riques dont retentissaient les loges
d’un quartier ! que de fortunes,
que de successions, que de maria¬
ges manqués pour une indiscrétion
de portière !
CONCLUSION.
MORALITÉ.
Bf r€*crgâ-attûtt.
La toilette est donc l’auxiliaire
de la beauté , le palliatif de la lai¬
deur, l’appui de la santé : envisagée
jusqu’à ce moment sous toutes ses
faces, elle nous a paru constam¬
ment préparant le bonheur, le plai¬
sir, et dispensant, en retour du sa¬
crifice de quelques instans, les plus
précieux avantages.
Comme l’abus cependant des
meilleures choses équivaut à l’em¬
ploi des pires, force nous est de
convenir que l’amour de la toilette,
porté à l’excès , entraîne à sa suite
25
les plus graves inconvénients : nous
allons essayer d’en signaler quel¬
ques-uns , car, dans un traité du
genre de celui-ci, il ne doit pas
suffire d’enseigner ce qui est bon à
faire, il faut encore noter ce qu’il
est indispensable d’éviter.
Un lecteur chatouilleux va s’ar¬
rêter ici, demandant si nous nous
défions de son intelligence. Certes
non ! nous ne doutons pas que les
enseignements quenousnous étions
proposés de rassembler ne soient
parfaitement compris ; mais il faut
bien une ombre au tableau : le con¬
traste fait plus vivement saillir les
objets ; et c’est én mettant en regard
le bon et le mauvais côté des choses
qu’on les fait mieux apprécier.
Une taille fine et déliée est pleine
de charmes dans une jeune per¬
sonne ; mais ce qui en fait surtout
le prix, c’est l’abandon , c’est la
souplesse. La plupart des femmes,
cependant, pour renchérir sur la
mode, donnent à leur tournure un
air raide et guindé : elles font de
leurs corsets des étaux, se marty¬
risent , perdent leur grâce, leur
fraîcheur; onleleurdit, elles le sa¬
vent , mais elles ne peuvent se ré¬
soudre à porter plus d’un tiers.
Lady Morgan, dans son ingé¬
nieux ouvrage sur la France, trace,
avec son talent original et vrai, le
portrait d’un ultra-dandy. Elle fait
finement ressortir tout ce qu e l’exa¬
gération donne de ridicule , même
CODE
au mérite ; il n’est pas un Anglais
bien élevé qui n’ait lu, approuvé
ce passage : les salons de Londres,
ceux de Paris , n’en sont pas moins
peuplés de jeunes gens qui sem¬
blent ne devoir la forme et le
mouvement qu’aux progrès de la
science de la mécanique.
Les petits hommes épousent tou¬
jours de belles personnes, et c’est
quelque chose d’assez comique que
d’observer à la promenade l’allure
de ces couples mal assortis. Il en
est de même des modes; ce sont
ceux que la nature a le moins favora¬
blement traités qui s’attachent de
préférence à devancer plutôt qu’à
suivre les révolutions de la toilette.
DE DA TOILETTE.
269
Le désir immodéré de plaire est
aussi un des mobiles puissants qui
font passer de la convenance à l’exa¬
gération. Quels en sont les résul¬
tats? L’un veut donner à ses dents
une blancheur que la nature leur
refuse, il les déchausse et les é-
branle ; un autre, à force de friser
ses cheveux, les dessèche et leur
ôte tout principe de vie; un troi¬
sième se met à la torture dans une
chaussure trop étroite ; les fem¬
mes, en se découvrant les bras et le
cou, abrègent leur existence ; on
boit du vinaigre pour maigrir, et
l’on s’empoisonne; les bains trop
fréquents épuisent et abrutissent :
il n’est enfin si bonne chose dont
23.
270 CODE
l’abus ne soit nuisible et dange¬
reux.
Si l’babitude de la toilette an¬
nonce l’amour de l’ordre, le respect
de soi-méme, celui des autres; si
elle dénote la régularité dans la
conduite, et dispose aux plus favo¬
rables préventions, elle entraîne
aussi à sa suite, il faut en convenir,
un défaut presque inévitable , c’est
l’excès de délicatesse. Dans ce
monde, où rien n’est stable, où
tant d’événements se succèdent, en¬
chaînés par des liens inaperçus,
on doit se garder de contracter des
habitudes trop enracinées de re¬
cherches. Qui sait à quelles épreu¬
ves le destin le réserve ? qui sait si
ces besoins factices, sources de tant
DE LA TOILETTE. 271
de petites félicités, ne deviendront
pas un jour un sujet de regrets et
de douleurs? La toilette a pour
base la propreté, mais non la mol¬
lesse ; il faut qu’elle favorise la
beauté, mais c’est la santé avant
tout qu’elle doit affermir et déve-
«obi*.
Prolégoméhes.
TITRE PREMIER.
Chapitre X. De la beauté. 25
XI. De la peau. 27
DI. Des rides. 54
IY. De la chevelure. 57
Y. Des yeux. 45
YI. De l’oreille. 47
YII. Du nez. 51
Ym. De la bouche. 55
IX. Des dents. 59
X. De la barbe. 65
XI. Du corps. 67
XII. Des bras. 71
TABLE.
XHI. Des mains et des ongles. 74
XIV. De la maigreur. 79
XV. De l’obésilé. 85
XVI. De la transpiration. 87
TITRE DEUXIÈME.
Chapitre I. Du logement. 91
n. De la mise. 9g
Ht. Du linge. 102
IV. De l’habit et de la redingote. 107
V. Des culottes et pantalons. 114
VI. De la chaussure. 118
VU. Du chapeau et des gants. 123
VIIL Des vêtemens de nuit. 128
IX. Des brosses. 132
TITRE TROISIÈME.
Chapitre I. De la raideur.
II. Des transitions.
140
TABLE
275
III. Des gestes.
146
IV. Des raccords.
149
ArPENDICE AU TITRE PREMIER.
Cosmétiques.
154
Applications.
Méditations sur la mode.
185
Des bains.
195
Des passants.
211
Des bijoux.
220
Apologie de la coquetterie.
251
Considérations sur le choix, l’élégance,
l’entretien et la salubrité des apparte¬
ments.
248
Moralité.
De l’Exagération.
265